Un bestiaire multicolore est paru récemment aux éditions La Peuplade, Zoologies. Ce livre de Laurence Leduc-Primeau se lit comme on visite un parc animalier : en abordant chaque nouvel habitat (chaque page) avec un intérêt curieux. Car, disons-le, ce recueil de micro-récits est une vraie boîte à curiosités.

Les contes… sans les fées (ou si peu)

Il est fort probable que le lecteur ne sache pas trop dans quoi il s’embarque lorsqu’il lira les premières pages de Zoologies. Tout ce que l’on sait, de prime abord, c’est qu’une « plongée fantastique » l’attend, comme le stipule la quatrième de couverture. On pourrait qualifier l’univers que présente ici Leduc-Primeau de baroque. Il plonge dans l’absurde avec poésie. Cette surprenante association des genres agit comme des forces magnétiques. Les genres s’opposent avec force tout en donnant l’illusion d’une unité qui n’en est pas une. Le lecteur tentera de trouver du sens dans les antithèses et les parataxes incongrues. Il cherchera les images à associer pour créer du sens. Zoologies est une sorte de casse-tête métaphorique, ce qu’illustre à merveille le dessin de couverture, qui rappelle les puzzles aux animaux de bois qu’on offre aux jeunes enfants.

Il n’est donc pas certain que le lecteur sorte de cet ouvrage avec le sentiment d’avoir saisi tout le propos des textes, mais il s’amusera assurément à glaner par-ci par-là quelques références littéraires. Intégrant au passage Alice au pays des merveilles et Le Petit Prince, Leduc-Primeau forge des histoires abracadabrantes, des microcontes plus que des microrécits : « On a les histoires qu’on invente, chéri. » (p. 18). Si on a parfois l’impression de se promener dans une toile cubique de Picasso ou dans un univers pastel, l’autrice nous transporte aussi dans le macabre, présentant à sa façon candide les cochons auxquels on tranche la gorge : « Chez le voisin on égorge des cochons. Tu dis que le rouge te rappelle le sang. Le cochon couine. » (p. 21)

Et si on faisait du style le propos?

Les lecteurs en quête d’une histoire suivie ne seront sans doute pas charmés par ces microrécits dans lesquels l’abstraction est reine. Mais ceux qui s’amusent d’une simple figure de style auront beaucoup de plaisir à cueillir les hyperboles et autres allégories. Il y a une belle poésie dans ces récits surprenants.

Mon aimé, t’es-tu déjà demandé s’il y a des cordes qui ne sont pas raides? Malgré tout ce qui pourrait, ou ne pas, arriver. Les insectes sortiront vainqueurs. N’en doute surtout pas. Ils ont l’éternité. Il faut leur élever des totems et les prier. Toi, le premier. Tu dois. Parce que les totems, tu sauras les monter jusqu’au ciel.
Un sur l’autre. »

– Christine Turgeon 

Zoologies, Laurence Leduc-Primeau, La Peuplade, 2018.

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