Dans les années 60, des femmes brûlent leurs soutiens-gorges sur la place publique. Ça vous rappelle vaguement un « fait historique »? Et bien, il s’agit d’une légende urbaine! C’est entre autres ce que l’on apprend dans « Guérilla de l’ordinaire », un texte de Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent présenté à l’Espace Libre le 16 août dernier dans le cadre du festival Zone Homa. Sous forme de fragments réalistes inspirés du théâtre documentaire, huit interprètes partagent la scène. Parmi eux, Mathilde Laurier gratte sa guitare et surplombe de sa voix feutrée les récits d’abus sexuels que livrent les comédiens. Une courte phrase qui endosse le hashtag «When I was», rappelant d’ailleurs le mouvement #AgressionNonDénoncée.

Bien que l’amorce de la pièce emprunte un ton tranchant, plusieurs scènes sont ponctuées d’humour, sans toutefois ignorer le mandat du texte : cibler « les manifestations visibles et invisibles du sexisme ordinaire, tant dans les espaces publics que privés ». Certains extraits radiophoniques réels sont d’ailleurs repris et joués sur scène. Par exemple, l’entrevue de Chantal Machabée victime de discrimination, d’intimidation et de menaces de mort de la part de déglingués masculins qui se voient choqués par la présence d’une femme dans le milieu sportif. Inimaginable aujourd’hui autant de haine à l’égard d’une femme qui exerce simplement son métier. Et c’est dans cette incongruité qui est mise de l’avant que réside la force de la pièce. Certaines scènes relatent des faits communs : le harcèlement que subit une femme dans la rue, un homme qui prétexte débander pour éviter de porter le condom…  Cependant, ces situations à première vue banales rappellent le combat qu’elles doivent encore livrer. Si certaines femmes se sentent moins concernées ou prennent pour acquis les droits dont elles jouissent aujourd’hui, je crois que cette pièce les bouleversera. Je pense d’ailleurs à ces jeunes filles qui revendiquent leur non-appartenance au féminisme, et dont les capsules sont disponibles sur YouTube. Elles perçoivent probablement les féministes comme des femmes frustrées contre les hommes, une image fortement véhiculée à travers les époques. Cela démontre une ignorance à l’égard du mouvement féministe ou du moins des lacunes dans la transmission de son histoire. Si la pièce peut agir à titre de pilier pour redresser la vision du mouvement, tant mieux!

De plus, la forme est légère; les acteurs excellents. Une mention spéciale à Sarah Laurendeau qui s’est mérité des applaudissements en plein milieu de la pièce. Sa performance de rappeuse débordant les limites de l’absurde était hilarante.

Bref, que ce soit Jasmin Roy qui se met les pieds dans les plats au sujet de la légitimité du terme «queer» en plein cœur de la Semaine de la Fierté ou la fille qui raconte une histoire de baise ou  celle qui confie avec une certaine pudeur avoir du poil, la pièce ne peut que vous bouleverser et vous faire rire. Quant à moi, il s’agit d’un de mes coups de cœur de Zone Homa édition 2016.

Edith Malo

Guérilla de l’ordinaire était présentée à l’Espace Libre le 16 août 2016 dans le cadre du festival Zone Homa.

Pour la programmation complète, c’est ici.