« L’astrologie est un outil pour appréhender le réel, dont nous nous emparons à travers sa narrativisation et l’interprétation que nous en faisons. Elle engendre des récits » (Stéphanie Roussel, p.213). Tel est le pari qu’ont pris Ariane Lessard (Balance) et Sébastien Dulude (Balance) en invitant douze autrices, de la relève pour la plupart, à écrire un texte à partir de leur signe astrologique.

Ce projet a été exécuté sous la bannière des éditions de La Mèche. Celles-ci se sont illustrées ces dernières années par la publication de collectifs puissants, les Cartographie I, II et III; chaque auteur.trice écrivait un texte à partir d’une ou plusieurs villes (Laval, Mascouche, Longueuil, etc.). Avec Zodiaque, on quitte les territoires urbains afin d’explorer la cartographie intime des étoiles.

Le recueil alterne entre des nouvelles plus traditionnelles et des formes brèves plus éclatées. Nadia Essadiqi (Scorpion) nous propose une scène d’action, récupérant quelques codes du thriller, alors que Maude Veilleux (Sagittaire) déploie en quatorze fragments, une réflexion sur son signe zodiaque, à mi-chemin entre l’essai, le récit et la poésie. Il faut souligner la présence de la création de Marjolaine Beauchamps (Cancer), une oeuvre qui allie le visuel et le texte, l’écriture à la main, le dessin et la photographie.

L’intérêt du recueil, aux yeux des lecteurs.trices est double. Dans un premier temps, « le zodiaque constitue un foyer à travers lequel nous pouvons observer nos mécanismes interprétatifs » (Stéphanie Roussel, p.214), c’est-à-dire, observer les stratégies grâce auxquelles les autrices du recueil se sont réapproprié littérairement leur signe astrologique : quelles caractéristiques en ont-elles retenues? Comment ont-elles structuré leur texte? Pour n’en donner qu’un seul exemple, Zéa Beaulieu-April (Bélier) introduit ce qu’on pourrait appeler une poétique du bélier : « je n’ai pas la patience de tout lier. Je garde la tête haute. Je fais confiance aux fragments » (p.114). Une caractéristique du signe astrologique – l’impatience – vient justifier l’usage d’une forme littéraire.

Dans un deuxième temps, il est intéressant d’observer la mise en parallèle de l’astrologie avec d’autres discours sociaux. Chloé Savoie-Bernard (Taureau) compare les critères du diagnostique du trouble de la personnalité limite, tirés du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et les traits de son signe astrologique : « Ça veut dire à peu près la même chose que certains des critères diagnostiques du DSM pour les borderlines, mais en moins rushant. » (p.125). De son côté, M.P. Boisvert (Vierge) établit un lien entre la connaissance ésotérique et les tests de personnalité : « Aux cartes et au zodiaque, je préfère les tests de personnalité, une sorte de “rigueur” postastrologique basée sur un système de préférences/tempéraments plutôt que sur le moment et le lieu de ma naissance » (p.200). Les citations et les notes de bas de pages renforcent l’impression d’accumulation et de réorganisation des savoirs.

La Mèche a décidément mis un effort supplémentaire sur plusieurs aspects entourant l’oeuvre littéraire elle-même. L’objet-livre est d’une fine beauté. La direction artistique a été assurée par Julie Massy; celle-ci s’est servie d’un collage de Beth Hoeckel pour la couverture et a pris la décision de séparer les textes par des pages noires et par les illustrations des constellations du zodiaque. Minimaliste. Efficace. Et très cohérent avec la thématique du recueil. Un calendrier ayant la même identité graphique a également été imprimé et été donné gratuitement à l’achat d’un livre lors du lancement. Belle idée, belle lecture.

Cédric Trahan

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