Ce fût tout un honneur de me rendre au ZH Festival, qui prend place à la magnifique maison de la culture Maisonneuve, dans un quartier qui a l’émergence à coeur. Mercredi 25 juillet, la pièce Ta vie danse floue présentait le résultat d’une résidence d’écriture d’une année, un collage poétique très concluant qui explore le rapport à la solitude et à la rencontre.

En entrant dans la salle, difficile de ne pas être intrigué par le décor minimalisme et familier : un bureau avec micro côté jardin, une pile de caisses de lait en retrait derrière, de longues bandes de plastique côté cour qui cache un lit en bois couvert de bulles à emballer. L’éclairage met en valeur les différentes composantes, et une fébrilité s’installe au sein des spectateurs qui se saluent.

Trois personnages féminins prennent place sur la scène. Trois femmes qui présentent des perspectives différentes d’une même histoire, bien singulières dans leur approches et dans leurs jeux.

« Time pass, fly » dit la première.

Assise au bureau, elle narre au micro de manière désinvolte, et boit des petites boîtes de jus de pomme à outrance. C’est une « femme libérée » flirty, bubbly, vêtue d’une robe à pois, coiffée d’une queue de cheval haute et peinte d’un rouge à lèvres saillants.

toi et moi,

comme tous les autres » dit la deuxième.

Habillée de manière chirurgicale, elle se perche derrière sur ces caisses de lait, manipulant les clopes et se meut à travers l’espace de manière brusque. Elle nous expose la situation plutôt froidement et avec retenue. Elle orchestre le déroulement de la pièce, tel un pivot entre les deux autres personnages.

Mes yeux tillumineront

comme les phares dun char devant un chevreuil

au croisement du bois et de lasphalte.

Pour un instant tu seras tout ce qui compte,

Tu prendras toute la place devant mon pare-brise

dedans ma tête.

Mon corps se tendra,

incapable de vivre autre chose que ta présence,

là, devant mon dash » dit la troisième.

Sensible, en détresse, obnubilée par lautre, cette dernière est bouleversante par sa fragilité et vulnérabilité. Sa frange bien serrée, son teint livide, ses traits tirés, et sa chemise rappellent les maux damour dérangés et dérangeants qui frappent fort l’imaginaire.

Les tensions palpables sont appuyées par lintelligente oeuvre sonore d’électro-acoustique. Des micros intégrés au décor permettent de capter les sons des matériaux scéniques et amplifient en temps réel les respirations, gestes et sentiments complexes vécus.

Its your time to shine », crie la première à la troisième, défaite, dans une rare confrontation.

Luniversalité des sentiments rend la pièce accessible et profondément touchante. Lentrée en la matière est, à mon avis, moins bien ficelée, mais, lintensité et la justesse retrouvées par la suite convainquent et émeuvent. Une oeuvre à découvrir, et qui promet d’évoluer. Restez à laffût!

Raphaëlle Mirandette

Ta vie danse floue, présenté le 25 juillet 2018 dans le cadre du ZH Festival. Pour toutes les informations, c’est ici.

Mise en scène : Agathe Foucault
Autrice et assistante à la mise en scène : Maude-Éloïse Brault
Interprètes : Camille Marchon, Zoé Lajeunesse-Guy et Mélodie Noël Rousseau
Responsable technique et conceptrice d’éclairage : Élianne Desilets-Dubé
Concepteur sonore : Vincent Fillion
Assistant à la conception sonore et musicien : Xavier Ménard
Scénographie : Marie-Jeanne Rizkallah

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