Crédit photo : Catherine St-Martin (KAKI)

1997, Normandie. Trois coups de fusil dans un salon, deux corps inertes – et ma grand-mère cachée dans sa salle de bain. On vient de tirer sur mon grand-père, pour une histoire de haie de cèdres. True story.

Intriguant, n’est-ce pas? C’est certain, on a tous notre lot de drames familiaux derrière la cravate. Que ce soit la tante Rita qui lève trop le coude dans le temps des Fêtes, l’oncle Rénald qui crée toujours des tollés à table lorsqu’il parle de ses opinions politiques ou grand-mère Géraldine qui perd de plus en plus la carte. Et si ce drame familial tenait plutôt d’un fait divers sordide… étonnamment d’une banalité aberrante? C’est avec cet héritage qu’a grandit Lauren Hartley, l’autrice de L’Enclos, texte présenté au ZH Festival le 26 juillet dernier.

C’est dans la foulée d’une triste histoire de gestion de haie de cèdres que le coup de fusil a retenti, atteignant dans sa lancée un grand-père, mais aussi toute une famille. Une famille, qui sous le choc, peine à comprendre l’ampleur de la perte et des dommages collatéraux qui s’ensuivront. C’est ainsi qu’en apprenant la nouvelle au téléphone par la bouche de son frère, la fille de la victime ira tout de même souper avec son conjoint et un couple d’amis. Comme incapable de gérer l’absurdité d’une situation qui a des airs de nouvelle en 4-5 lignes dans la section insolite du journal local.

Avec adresse, Lauren Hartley nous présente l’histoire de sa famille sous la forme d’une chorale documentaire – entre les parents, les enfants, la grand-mère, l’oncle et même le meurtrier – qui retrace les faits saillants de cette mort absurde, ainsi que les réactions des membres de l’unité familiale. Une famille dont les liens s’étaient distendus avant le drame, on le comprend vite. Est-ce que la mort d’un des leurs aidera à ressouder le clan? Pas gagné.

Fascinée par cette mort, Lauren écrit à sa grand-mère, à son oncle, à sa cousine qu’elle connaît à peine. Pour mieux comprendre. Pour saisir les bribes d’une histoire qui lui échappe et ce, même si elle s’est déroulée il y a plus de 20 ans. C’est que la protagoniste n’a pas eu la chance d’apprivoiser cette réalité justement. Cachée par des « mamans ourses » qui ont tout fait protéger leur progéniture, la vérité s’est faite fuyante, insaisissable. La grand-mère a-t-elle assisté au meurtre? Est-ce que le tueur serait en fait le grand-père? Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que cette banale discorde entre voisins prenne une telle ampleur? De questions en questions, Lauren réalise vite qu’elle ne savait presque rien. Et que des détails passeront sûrement sous silence à jamais.

Dans une forme efficace et rythmée qui sert bien le propos, L’Enclos présente toutefois quelques longueurs. Si le texte gagnerait à être resserré, on sent déjà que la base est solide. Une base construite sur des faits, ça ne peut qu’être inébranlable. Si cette abondance de détails, cette reconstruction du « fait divers important », laisse un brin difficilement passer l’émotion au spectateur, on ne peut qu’être touché par cette histoire qui aurait pu arriver à n’importe qui. Mine de rien, une chicane de haie de cèdres est si vite arrivée.

Mélissa Pelletier

L’Enclos, présenté le 26 juillet 2018 dans le cadre du ZH Festival. Pour toutes les informations, c’est ici.

Texte et mise en lecture : Lauren Hartley
Interprètes : Olivier Arteau, Catherine Côté, Catherine-Amélie Côté, Gabriel Cloutier-Tremblay, Hugues Frenette, Vincent Kearney-Deschênes, Vincent Legault, Mélissa Merlo, Camille Paré-Poirier, Philippe Prévost et Sébastien Tessier

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