We Are Wolves est un des groupes importants de ce qu’on a appelé il y plus d’une dizaine d’années la « Montreal music », aux côté de noms beaucoup plus connus sur la scène internationale comme Wolf Parade et Arcade Fire. Il avait cela de différent qu’il ne jouait pas seulement dans les platebandes du rock indé, mais aussi de l’électroclash, de l’électropunk et du glam rock : trois genres musicaux devenus très populaires à l’époque et associés à toutes sortes des soirées montréalaises, aussi trash que sensuelles, menées de front par des DJ comme Frigid et Plastik Patrik. Les gars de We Are Wolves étaient jeunes, beaux, « lookés », drôles, irrévérencieux mais jamais vulgaires, et son chanteur Alexander Ortiz maniait d’une voix légendaire l’anglais, le français et l’espagnol. Bref, j’étais un « fan ».

We Are Wolves s’est fait connaître grâce à Non-stop je te plie en deux, un album aujourd’hui encore pertinent et ambitieux malgré ses 11 ans d’existence, pour ensuite lancer des albums de plus en plus pop et dont le succès se dégradait quelque peu. WAW a été incapable d’atteindre la justesse et l’effet de surprise de son premier opus, malgré quelques pièces qui ravivaient un espoir souvent déçu. Difficile, donc, de ne pas voir l’arrivée de Wrong comme un risque qui mérite tout de même une oreille attentive, car, contrairement à d’autres artistes de l’époque, We Are Wolves n’a jamais cessé de rouler sa bosse.

Avec ce drôle de titre, Wrong s’annonce comme un album rentre-dedans si on se fie à sa pochette rouge et noire à l’esthétique DIY. On s’imagine que son « comeback » sera fracassant, on se souvient avec espoir de « Little Birds » et de « T.R.O.U.B.L.E. » qui nous ont déchiré les tympans sur le plancher de danse collant du Saphir et du Parking. Grâce aux synthés qui prennent toute la place et à la batterie tapageuse des premières notes de « Inconsiderate », Wrong débute sur un terrain connu, mais plus lascif et plus lent, voire plus mélancolique, que dans le souvenir qu’on se fait du groupe. Malgré cette première chanson très réussie, un sentiment qui frôle la déception ne sera interrompu qu’à quelques moments de l’écoute de cet album, dont le principal défaut est d’aller dans tous les sens.

L’objectif est clair : prendre la pop à bras-le-corps avec une variété de sous-genres qui pourraient être appréhendés avec le son distinctif de We Are Wolves. À cet égard, le but est atteint, puisqu’on saute de pièces pop/rock (« Cynical », « Wrong ») à des pièces joyeuses qui marient des riffs de guitare arides mais conformistes à des clappements de mains (« Wicked Games », « Hands Around My Neck » et « Melting » sont paradoxalement les pièces les plus convenues et les plus ennuyeuses de l’album), en passant par du disco lent. À cet effet, « I Don’t Mind » emprunte à LCD Soundsystem et même au plus récent d’Arcade Fire, tandis qu’on remarque dans « Broken Arrow » des influences claires de Chromatics; toutes deux, malgré leurs emprunts près de la copie, figurent parmi les grandes réussites de Wrong et donnent envie d’entendre davantage de cette tangente que We Are Wolves maîtrise avec un surprenant doigté. Les meilleurs pièces de Wrong sont celles qui nous font rapidement entrer dans un univers abrasif, sombre et austère, comme « In the Land of the Real » et « Dislocation » (qui clôt superbement l’album), deux excellentes chansons aux airs inquiétants, quelque part entre Black Sabbath et la trame sonore de Stranger Things sur l’acide. À l’inverse, les plus mauvaises sont celles qui, trop gentilles et étrangement soporifiques, tentent un peu de joie, nous donnant la triste impression que We Are Wolves n’est pas vraiment fait pour le bonheur. La voix pourtant si malléable d’Ortiz est parfois ce qui cloche, tantôt fatiguée, tantôt désintéressée, tandis qu’elle devient magnifiquement profonde et menaçante dans les pièces les plus réussies, mais trop rares, pour que Wrong devienne indispensable.

En bref, à vouloir ratisser trop large, Wrong passe du coq-à-l’âne sans rien réinventer. Nécessairement, l’auditeur en vient à choisir un camp toujours abandonné et jamais exploité à son plein potentiel. Toutefois, malgré ces déceptions, les gars de We Are Wolves prouvent avec cet album que leurs années d’expérience à parfaire un son si particulier ont fait d’eux des musiciens hors pair et audacieux, capables de se mettre en danger en confrontant leur esthétique à des styles diversifiés.

Nicholas Dawson

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Date de sortie : 30 septembre 2016
Étiquette : Fantôme Records
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