Crédits : Léa Villalba

Pour sa 13e édition montréalaise, le meilleur du photojournalisme revient nous éblouir et « connecter le monde aux histoires qui comptent » comme l’a si bien résumé Yi Wen Hsia, directrice d’exposition et représentante du World Press Photo Amsterdam et invitée d’honneur.

Encore une fois cette année, les candidats au concours ont été nombreux. 4548 photographes provenant de 125 pays ont proposé 73 044 photographies. Finalement, l’équipe du World Press Photo a fait gagner 150 images, réparties dans 8 catégories : Enjeux contemporains, Société, Environnement, Nouvelles générales, Projets à long terme, Nature, Sport et Portraits.

Avec un tout nouveau système d’éclairage et de suspension, ces images gagnantes sont là, exposées sous nos yeux curieux et fascinés par la laideur et la beauté de notre monde.

Conscientiser : une première étape vers le changement

Alexandre Champagne, porte-parole de cette édition du World Press Photo Montréal, explique une double volonté dans le fait de faire du photojournalisme : il s’agit dans un premier temps de « démocratiser la photo » et dans un deuxième temps, de lui donner un poids qui fait « réfléchir le spectateur quand il rentre à la maison ».

Et cette réflexion est inévitable. À travers l’exposition, on découvre des facettes connues et malheureuses du monde. Par exemple, le résultat tragique de manifestations au Venezuela par Ronaldo Schemidt ou à Charlottesville pris en photo par Ryan M.Kelly. Plusieurs images de tueries, à Londres (Toby Melville) notamment ou de guerres, à Mossoul par exemple (Ivor Prickett), rappellent tout le chaos que l’être humain peut construire autour de lieu.

Il y a aussi des portraits douloureux de victimes de ces tueries comme une jeune fille de 11 ans, atteinte par une explosion en Irak, qui porte désormais un masque pour protéger sa peau de la lumière (photographiée par Alessio Mamo). Certains photojournalistes (Kevin Frayer, Md Masfiqur Akhtar Sohan) se sont rapprochés des réfugiés Rohingyas afin de documenter leur exode et de l’exposer aux yeux du monde.

Des images frappantes et d’une rare beauté

Il est aussi question dans cette exposition de soulever des histoires moins connues comme la mise en lumière de jeunes femmes kidnappées par des militants de Boko Haram (Adam Ferguson), ou une pratique traditionnelle au Cameroun qui consiste à repasser les seins des jeunes filles afin de retarder la maturité et donc de prévenir les viols (Heba Khamis).

Les photographies sont crues de violence et de vérité

Dans les catégories nature et environnement, même constat. On découvre grâce à de merveilleux clichés toute la misère créée par l’homme et la dégradation de son propre environnement. Navrant, difficile à voir, mais nécessaire.

D’autres clichés nous volent un sourire et rassurent, donnant ainsi un léger vent d’espoir. Par exemple, la belle histoire du Reteti Elephant Sanctuary, au Kenya, où des éléphanteaux orphelins ou blessés sont soignés avant d’être relâchés en nature. Des images documentaires spectaculaires et très touchantes.

Dans les projets à long terme, on peut suivre deux jeunes filles qui vivent leurs jeunes jours dans un village bioénergétique d’environ 170 habitants situé dans le Merkenbrechts. Portraits intimistes et douceur du noir et blanc.

Toujours dans l’optimisme, on retrouve un principe technologique qui permet une grande agriculture, sur un territoire qui ne le permet pas, aux Pays-Bas. Grâce à cette avancée, le pays est le deuxième plus grand exportateur mondial d’aliments en termes de valeur. Un reportage qui donne de nouvelles perspectives.

Autre belle histoire à souligner, celles des femmes de l’archipel de Zanzibar qui étaient dissuadées d’apprendre les rudiments de la nage pour des raisons religieuses et culturelles. Le projet Panje (qui se traduit par « gros poissons ») a mis en place des cours de nage, mais aussi de secourisme auprès de ces femmes. Les histoires colorées d’Anna Boyiazis montrent toute la volonté de ces femmes qui nagent vers l’émancipation.

Le World Press Photo et bien plus

À l’étage, on retrouve des expositions complémentaires vraiment captivantes. Une pièce est consacrée au travail d’Alexandre Champagne, Après-coups, qui dresse des portraits de victimes de la tragédie de la grande mosquée de Québec. Poignant, intime et très humain.

Cette année, c’est l’organisme qui vient en aide aux personnes en situation précaire, Dans la rue, qui apporte un nouveau projet. Mis en place par Alexandre Lepage, Alejandra Ariza et Monica Mandujano, l’exposition Photos Dans la rue a voulu donner un moyen d’expression aux personnes marginalisées. Dotés d’appareils photo prêtés pour l’occasion, les participants ont réalisé des portraits et capté des moments de leur vie quotidienne, à Montréal. De bien belles images qui donnent le sourire et dévoilent une autre facette de l’itinérance.

Pour la 7e édition, Regards/Oxfam-Québec prend place avec une exposition sur les 45 ans de réalisation de l’organisation. Cette année, l’organisme illustre son parcours en mettant sur le devant de la scène les femmes positives et battantes qui ont marqué Oxfam. Véritable lutte pour l’égalité, l’exposition veut montrer qu’on peut changer le monde.

Pour finir, on peut vivre une expérience interactive grâce à Planète+, mais aussi regarder (ou re-regarder) des reportages d’ICI RDI, RAD ou encore LaPresse + pour continuer à s’informer sur le monde dans lequel on vit et en comprendre les réalités, qu’elles soient positives ou négatives.

C’est pour toutes ces raisons qu’il faut aller voir le World Press Photo. Désireux de célébrer le photojournalisme à échelle mondiale, le World Press Photo fait bien plus. Il permet à chaque visiteur d’apprendre, de se questionner, de s’immobiliser devant une réalité crue, mais essentielle. Et c’est cette conscientisation par l’image, par le choc et la beauté, qui permet le changement, pour un futur meilleur et des images plus merveilleuses on l’espère.

– Léa Villalba

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