Darcy Padilla, États-Unis, Agence Vu, Amour familial 1993-2014.

Réunis à Amsterdam en février dernier, les membres d’un jury international ont désigné les 150 photographies prises par 42 photojournalistes de 17 pays de la 59e édition du World Press Photo. À Montréal, l’exposition entame sa dixième année du 26 août au 27 septembre au Marché Bonsecours. « Les petites gens sont toujours les perdants, que ce soit en Irak, au Mexique ou en France », a affirmé le double lauréat du concours de 2015, le photographe français Jérôme Sessini. Ces photojournalistes nous convient à la rencontre de ces gens.

Près de l’entrée, il y a une série d’images aériennes en noir et blanc. Le dessus de tentes ou les lignes tracées sur le terrain de jeu d’une cour d’école dessinent des motifs avec une certaine régularité. On peut à peine voir les humains, mais leur ombre projette sur le sol leur silhouette en entier. Le photojournaliste belge Tomas van Houtryve a utilisé un petit drone pour survoler des régions de la Californie, là où on fabrique les drones qui effectuent des frappes aériennes au Pakistan, au Yémen et en Somalie.

Sofia Valiente et Darcy Padilla nous présentent les États-Unis sans le rêve américain. Si l’une nous montre une série d’images d’une famille dysfonctionnelle conjuguant pauvreté, sida, drogue, logements multiples, naissances, mort et réunion, l’autre nous montre des clichés du Village des Miracles qui regroupe 100 délinquants sexuels qualifiés de « lépreux des temps modernes » par le fondateur, un pasteur évangéliste. Le port du bracelet électronique à la cheville est un aspect saisissant de la série de photographies.

ofia Valiente, États-Unis, Fabrica / The Clewiston News, Village des Miracles.

Sofia Valiente, États-Unis, Fabrica / The Clewiston News, Village des Miracles.

On lit également l’image de cette femme assise tête baissée de Liu Song avec les yeux. La description textuelle nous apprend qu’on a arrêté cette femme parce qu’on la soupçonne de prostitution, mais le fait de remarquer que ses souliers à talons hauts se logent entre ses pieds est le point de départ du parcours visuel. On longe la tige de fer qui emprisonne ses chevilles, pour ensuite constater que son tronc est aussi enfermé, puis ressentir l’inconfort de cette posture.

Que ce soit les faux moutons placés par les autorités dans les anciens pâturages de la campagne de Holingol ou un employé travaillant 12 heures par jour qui doit changer six fois de masques faciaux pendant la journée pour fabriquer des décorations de Noël exportées ici et ailleurs, les photojournalistes chinois Lu Guang et Ronghui Chen capturent plus que le simulacre en soi. Ils capturent l’attention qu’on y accorde aujourd’hui.

Quelques séries de photos sont énigmatiques. À deux reprises, on pose une femme russe avant et après avoir pris une photo pour un site de rencontre. Il ne nous reste plus qu’à imager l’icône. Un pilote nous propose des plans aériens pris autour de chez lui afin de se questionner sur le rapport entre l’homme et la nature. En regardant les images, on se demande comment le paysage se dessinait dans le passé et quelle forme il prendra à l’avenir.

Installation

On est amené à comparer les photos entre elles. Par exemple, il y a quatre photos de jeunes cadets d’origines diverses qui semblent allumés par une lueur de l’espoir vis-à-vis leur avenir militaire, près d’une série de photos relatant une pendaison publique qui a échoué en Iran. On peut y voir un contraste entre l’esthétique de la violence conduite outremer et l’horreur lorsqu’elle se déroule à l’intérieur d’une communauté.

Certains photographes ont cadré des morphologies étranges, comme les membres de l’école religieuse transgenre ou une fourmi dont l’exosquelette et le cerveau sont infectés par les spores d’un fongus. D’autres ont risqué leur vie en se rendant sur les lieux touchés par l’épidémie du virus Ebola ou on tenté de reconstituer l’identité des jeunes filles enlevées par Boko Haram.

Glenna Gordon, États-Unis, Wall Street Journal / Time, enlèvement de 276 filles au Nigéria .

Glenna Gordon, États-Unis, Wall Street Journal / Time, enlèvement de 276 filles au Nigéria .

Bref, l’exposition donne aux « petites gens » leur taille réelle et nous fait réaliser l’importance du photojournalisme dans notre compréhension de l’actualité internationale.

René-Maxime Parent

La 10e édition du World Press Photo Montréal est présentée du 26 août au 27 septembre au Marché Bonsecours. Pour les détails, c’est ici.