Crédit photo : Henry Be

Est-ce qu’être passionné d’art implique nécessairement d’habiter en ville pour vraiment en profiter? Voilà la question que me pose ma rédactrice en chef Mélissa Pelletier au détour d’une conversation et qui me trouble. Sans doute est-ce à cause de sa pertinence et de l’impact qu’elle a eue sur mon propre questionnement.

Je ne suis plus sur la place publique avec les miens. J’ai choisi l’amour du pays géographique si cher à Miron. De vivre dans les bois à 10 kilomètres du dernier village et à près de deux heures de Québec suppose non seulement l’éloignement, mais aussi un certain isolement.

Culture, culture où es-tu?

L’heure n’est pas à justifier ce choix en opposition à la ville mais disons pour faire court que ce lieu longtemps rêvé et recherché permettait une solitude nécessaire à la création, à l’écriture. Choix bien discutable et surtout très personnel, mais il me convenait. Il devenait le territoire de ma poésie. J’y ai écrit deux recueils. Le travail m’y est presque quotidien.

Et je me régale de l’apparition fugace des chevreuils, du lièvre du matin, du bleu des lucioles dans la nuit, des perdrix ou de l’achigan dans mon assiette, et du combat contre les mouches à chevreuil.

Autre culture j’en conviens.

De vivre au cœur de l’arbre et de ses racines dans l’essence même de la forêt comporte son lot de silence, d’apprentissage et de découvertes, de contemplation quotidienne, de rêver propices à la rencontre avec soi, ses ombres. De palper la terre, sentir son ventre, de remuer l’humus soulève une sensualité organique. Voilà de belles nourritures pour la création. Mais je vous écris tout de même de mon ordinateur et je fais les courses pour alimenter ma bibliothèque. Lire, écrire, vivre avec les bêtes, marcher, nager, et suivre l’actualité culturelle des villes du Québec de loin.

Être à distance. Une situation qui quelquefois m’impatiente ou devient source d’irritation.

Ne pas voir cette pièce attendue, ce film d’un réalisateur aimé, cet événement rassembleur qui nous lie à notre collectivité. Oui ça pince. Je lis les critiques, entend les rumeurs autour des spectacles, mais pas celles de la ville qui les portent et les voix des acteurs. Je ne suis pas en direct avec la scène, la découverte justement d’un nouvel acteur ou d’une mise en scène décoiffante.

Durant plus de 30 ans j’ai participé à la vie culturelle intensément. Voilà pourquoi, en partie, le fait de m’en exclure partiellement aujourd’hui n’est pas objet de trop grande frustration. Et la distance justement est précieuse. Elle me permet de m’extraire de l’engouement collectif, de l’excitation du moment et de relativiser les critiques ambiantes. Le silence intervient. La réflexion s’approfondit. Je me fais une tête qui m’oblige à réfléchir justement et à faire le point sur les spectacles que je choisis de voir. Chaque spectacle revêt alors une importance singulière. Je ne me sens pas une personne qui consomme de la culture mais qui la savoure ou, au contraire, d’en faire la critique loin de la rumeur urbaine.

Mais pourrait-on poser la question à l’envers? Quel peut-être notre rapport à la culture lorsque l’on vit en milieu urbain? Sur quelles bases choisit-on nos spectacles? En quoi la proximité des médias et le bouche à oreille influencent-t-ils nos critiques? Sent-on l’obligation de suivre les tendances, les musiques, les représentations, pour être du bon côté de la culture émergente?

La distance d’avec la ville et le fait d’y avoir vécu et d’adorer m’y retrouver m’incitent à poser ces questions de même que le fait de voir la frénésie des gens à devoir se coller aux événements culturels dans une période de médiatisation à tout prix, de divertissement et d’image. La distance modifie le point de vue et l’urgence de la nouveauté.

Monique Adam

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :