Crédit : Mathilde Corbeil, couverture de J’aime Hydro de Christine Beaulieu, Atelier 10.

Afin de trouver un peu de lumière, en cette rentrée culturelle à l’aura de fin du monde, j’avais envie de mettre de l’avant la parole de celles qui cadrent notre société un peu différemment.  Voici donc, un échantillon d’artistes qui, chacune à leur façon, mettent leur vision unique au profit de l’appel au changement, question de mettre un peu de gaz (non-polluant) dans nos machines productrices d’espoir.

For Esmé

De Toronto nous vient ce band aux tons hybrides qui le rendent difficile à définir.  Dance? Oui. Pop? Oui. Électro? Oui. Mais au fil des tracks, on s’égare parfois vers le shoegazing, parfois vers le new wave, le groupe n’ayant pas peur de mélanger les sonorités contemporaines aux hommages nostalgiques.  Mais pour comprendre sa singularité, il faut s’attarder au nom qu’il s’est choisi.  Les plus littéraires d’entre nous auront fait le lien avec la nouvelle de J.D.Salinger For Esmé – With Love and Squalor, texte portant sur les stigmates laissées par la deuxième guerre mondiale sur les vétérans.  Mais le combat de For Esmé en est un féministe et Martha Meredith (qui signe également les textes) nous livre des hymnes entre manifestes et confidences, évoquant tantôt une Karen O. tantôt une Emily Haines.  Le deuxième album, Righteous Woman, sorti au printemps dernier fait danser au rythme de propos intelligents et rafraîchissants, créant une pop à la fois intimiste et engagée.  Vous aurez d’ailleurs la chance de les voir live à Pop Montréal, le 29 septembre 2018.

Mathilde Corbeil

Si son nom ne vous sonne pas de cloche, vous avez sans doute vu son travail ; sur une affiche de film ou de spectacle (L’amour à la plage, L’Assemblée, La nuit du 4 au 5, toutes les affiches de la saison 2015-2016 de l’Usine C), au fil des pages d’un livre (Amants d’Anne Archet, J’aime Hydro par Christine Beaulieu, M.I.L.F. de Marjolaine Beauchamp) ou sur une pochette d’album (Feu de Forêt d’Antoine Corriveau,  Solitudes de Matt Holubowski). La singularité de l’univers de Mathilde Corbeil se voit de plus en plus, placardant les remparts de notre collectivité culturelle.   On reconnaît ses mélanges de textures, alliant souvent un trait fragile à l’utilisation assumée de couleurs originales. Chez elle, l’énergie brute et le raffinement délicat se côtoient sans gêne. Mais c’est lorsqu’elle met sa propre voix au cœur de ses dessins qu’on prend la pleine mesure de la poète engagée. En attendant l’expo ou le livre qui donnerait à ses illustrations le premier rôle, il faut aller flâner du côté de son Instagram pour se satisfaire.

Kim O’bomsawin

Cette année Kim O’bomsawin a promené son documentaire Ce silence qui tue au sein de divers festivals, essayant de briser la cruelle indifférence dans laquelle des centaines de femmes autochtones ont été portées disparues ou assassinées, perpétuant ainsi la division inutile créée par nos pères et endossée par nous.  Certes, le film est important et doit être vu, mais j’avoue que je me sers d’O’bomsawin pour apporter un point que je juge fondamental dans l’élaboration de nos vitrines culturelles, c’est-à-dire l’urgence de faire un pont entre nos identités artistiques.  On peut traiter le Ce silence qui tue avec tout l’exotisme qui revient au statut de film autochtone et en féliciter la pertinence et l’exécution, mais je rêve du jour où cette scission entre leur art et le notre ne sera plus.  Où les films de Kim O’bomsawin ou de Sonia Bonspille Rouleau resteront à l’affiche plus longtemps que 2 secondes,  que les compagnies de théâtre comme Ondinnok ou Menuantakuan seront aussi connues que le PAP ou les Sibyllines et où des acteurs comme Natasha Kanapé Fontaine et Marco Collin auront accès à d’autres rôles dans nos productions que ceux, génériques et archétypaux,  qui leur sont offerts. À l’heure où on il faut en appeler à la collectivité pour éviter le mur vers lequel nous nous élançons à grande vitesse, il serait temps de redéfinir le NOUS, d’en célébrer la pluralité et d’apprendre le nom des 11 peuples autochtones avec qui nous «partageons» le territoire.

Catherine Dorion

Elle est aussi comédienne, mais c’est surtout comme slameuse et autrice que Catherine Dorion a frappé fort. Elle a le sens poétique aussi fort que le coup de poing et c’est ce qui dérange.  Avec Les luttes fécondes  (paru chez Atelier 10), elle nous rappelait que la passion, le désir, le cœur étaient nécessaire en amour comme en politique et que l’amour comme la politique était l’affaire de tous.  Alors, après l’ON, on ne s’est pas surprise de la voir débarquer chez Québec Solidaire. En l’écoutant, on a parfois l’impression d’entrevoir l’enfant spirituelle qu’auraient eu Josée Yvon et René Lévesque. C’est rafraîchissant, c’est rassurant, c’est bouleversant.  Qu’on soit d’accord ou non avec ses idées, il reste que ses propos provoquent la réflexion et enjoignent à l’insubordination et ça, ça fait du bien.  Catherine Dorion est une artiste qui prend la vie à bras-le-corps et refuse les chemins tracés. Oui, je la place dans les artistes à surveiller, mais j’ai envie de croire que nous seront peut-être quelques-uns à être surveillés avec elle.

– Rose Normandin

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