Virginie Fortin : son nom circule depuis plusieurs années et explose littéralement en 2018. Celle que l’on peut voir dans la série Trop et à la barre de l’émission L’heure est grave à Télé-Québec, présente finalement son one woman show, Du bruit dans le cosmos. Le public était nombreux au rendez-vous les 6 et 7 novembre derniers au Théâtre Outremont pour les premières montréalaises.

Couronnée gagnante du concours En route vers mon premier gala en 2013, il aura fallu presque 4 ans après son duo avec Mariana Mazza pour la voir fouler les planches, seule. Ses talents d’improvisatrice (formée à l’École d’improvisation Second City de Chicago, c’est pas rien) et ses expériences, parfois désastreuses, au Festival Fringe d’Édimbourg auront forgé l’humoriste. La jeune femme démontre une aisance et un aplomb face au public qu’elle aime agacer. Dotée d’un sens de la répartie à toute épreuve, elle se plaît à interagir à maintes reprises avec les spectateurs.

Les extra-terrestres et nous

Obnubilée depuis l’enfance par l’univers et l’espace, elle en fait son fil conducteur, le pilier de son spectacle. Une introduction un peu longue qu’elle désamorce avec une anecdote de son enfance. Un fait anodin, sans grand intérêt, peut-être pour démontrer la valeur de son propos original. Car l’humour de Virginie Fortin est engagé et tend à nous conscientiser face à certains enjeux tels que le capitalisme, la surconsommation et le féminisme. N’allez pas imaginer que les rires sont moins foisonnants pour autant en raison de cet angle engagé. Au contraire, on gravite autour d’un « spectacle philosophique nono » comme elle le décrivait elle-même en entrevue au journal La Tribune.

L’humain, drôle d’affaire

L’humour de Virginie Fortin réside dans sa capacité à relever les incongruités de l’existence humaine et à nous les servir avec une pointe d’ironie. Que l’on pense à son intro avec la NASA qui, en 1977, grâce aux sondes Voyager envoyait des objets inusités dans l’espace : la chanson Johnny B Good de Chuck Berry ou le cinquième mouvement de la cinquième symphonie de  Beethoven. En questionnant la perception des extra-terrestres face aux humains, Fortin pointe du doigt nos travers et nos mensonges. Pourquoi il y a 40 ans, Jimmy Carter envoyait une lettre aux E.T. décrivant le monde terrestre comme un conte de fée ? Pourquoi on ne parle pas de la guerre et de cette planète Terre que l’on détruit à une vitesse inimaginable ?

Virginie Fortin ne pointe pas seulement du doigt, elle verse dans la philosophie désopilante. Le numéro du concept de « Cool » est fort bien réussi. Dommage qu’on ne puisse le googler parce que je le visionnerais ad vitam eternam. Sincèrement, à lui seul, ce travail d’écriture et de synthèse est impeccable. On salue toutefois «  Féminazie », qui lui avait valu une nomination pour le numéro d’humour de l’année en 2017. On a l’impression d’assister à une version de la Servante écarlate de Margaret Atwood, mais inversée. Castrante, Fortin part sur un délire d’ogresse qui veut utiliser les hommes à des fins uniquement reproductives… et par n’importe lesquels, les pétards seulement, les autre, watch out ce qui vous pend entre les deux jambes.

Une mise en scène un peu statique

À part une guirlande de lumières bleutées qui nous rappelle le cosmos, et le numéro de la fin baignant dans une lumière sanguinaire et colérique, on reste dans la forme du stand up comic classique et statique. L’ « avant » entrée sur scène est punchée. Des faisceaux lumineux nous aveuglent, une musique style punk rock à la voix féminine éraillée… est-ce que l’on pressent un show qui va autant puncher ? Peut-être pas, mais le charme de Virginie opère. Sa répartie séduit. Le rythme fulgurant avec lequel elle récite certaines blagues, sans encoches, est épatant. La carrière de comédienne et d’animatrice qu’elle mène l’a rendue attachante. Et ce spectacle, abouti et maîtrisé nous démontre une fois de plus qu’elle sait s’entourer (de son chum Philippe Cigna alias Tony Legal, entre autres) et faire des choix artistiques éclairés.

– Edith Malo

Du bruit dans le cosmos de Virginie Fortin. Pour plus de détails sur les dates de ses spectacles, c’est ici.

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