Image tirée de La loi spéciale de Kiera Pannell

C’est samedi soir dernier que le Groupe Intervention Vidéo a présenté la 22e édition de Vidéos de femmes dans le parc au Théâtre de Verdure du parc La Fontaine. En tout, quinze court-métrages de réalisatrices québécoises et canadiennes ont été retenus, pour une présentation totale d’environ une heure. Malgré le froid, la soirée était belle et la foule clairsemée s’est montrée très réceptive aux vidéos proposées. La sélection variée avait de quoi plaire à tous les goûts, puisqu’on présentait autant de films d’art que de films engagés ou à caractère narratif.

La projection a débuté par La loi spéciale de Kiera Pannell qui traite de l’opposition entre les discours d’Amir Khadir et de Jean Charest à la suite de l’adoption de la loi 78. La soirée s’est poursuivie dans le même esprit de réflexion sociale avec l’excellent Repercussions de Terril Calder. Ce film d’animation parle de l’influence sur les autochtones d’aujourd’hui de leurs racines ancestrales, et des effets de l’abandon de celles-ci sur leur vie personnelle et leur communauté, le tout sur une trame sonore mélangeant musique traditionnelle et rythmes techno. Autre film qui remet en question notre rapport aux traditions établies, Sync Swim vs Sin’s swim de Lamathilde explore par l’absurde le côté sexiste et dominateur de la nage synchronisée, seul sport olympique encore interdit aux hommes.

Avec Visages, Chantal duPont explore les possibilités ludiques de la vidéo en transformant son visage à l’aide d’une panoplie d’objets qu’elle tient tour à tour dans sa bouche. Le superbe Distraction of a stationary nature de Shyra De Souza appelle aussi au jeu et à l’imagination. Le film d’animation met en scène des accessoires de bureau qui prennent vie pour recréer la nature, sa prolifération et sa toute-puissance. Hoshi Neko (Little Star) de Ruby Kato Attwood et Emily Pelstring nous convie à assister aux aventures en noir et blanc de Hoshi le chat dans un monde hostile tenant à la fois du jeu vidéo et du anime, le tout sur une musique japonaise entraînante. A Sailor’s Diary de Kim Kielhofner est créé à partir d’un collage d’extraits de documentaires, de cartes postales, de citations littéraires et de musiques de film pour dresser le portrait de tous les aspects de la vie d’un marin. Enfin, toujours du côté ludique de la force, An occasional Seed de Val Klassen nous invite à nous questionner sur la viabilité d’une planète-melon d’eau, sur une musique country endiablée.

Plusieurs films mettaient de l’avant l’interrelation entre l’humain et son environnement, et l’anxiété qui peut en résulter. Par exemple, Willow de Deirdre Logue est tourné dans le dédale des branches d’un saule. L’artiste, visiblement de plus en plus inconfortable, continue malgré tout d’évoluer au sein du milieu inhospitalier au lieu de lui tourner le dos. Rejets de Marie-France Giraudon et Emmanuel Avenel montre la progression des pieds d’un alpiniste dans un milieu glaciaire, progression entravée des déchets de plus en plus nombreux, le tout sur un fond sonore à faire grincer des dents. Crashing Skies de Penny McCann expose un paysage bucolique qui, par effets appliqués à l’image, se transforme peu à peu en un milieu inquiétant.

Les derniers films, plus contemplatifs, exploitent la matière même de l’image. Wave Patterns de Cheryl Pagurek construit une mosaïque à partir de douze images de cours d’eau qui s’agencent pour recréer le caractère imprévisible d’une rivière, sur une trame sonore de bruits de construction. Aurae de Sabrina Ratté part d’une image manipulée numériquement qui se modifie à la manière d’un kaléidoscope sans jamais se fixer en une forme définitive. Temps mort de Kyath Battie explore les espaces vides de la York University et montre que malgré l’absence d’occupation humaine, ces espaces morts sont dotés de mouvement pour qui sait l’observer. Enfin, Fresnel d’Aubrey Reeves capte le reflet de l’activité humaine sur la lentille de Fresnel située dans le parlement allemand.

Bref, ce fut une soirée intéressante, remplie de découvertes artistiques et de réflexion sous les étoiles, gracieuseté de Groupe Intervention Vidéo et de leurs partenaires. Pour plus de détails sur les prochaines activités (gratuites!) du Théâtre de Verdure, c’est ici : http://www.accesculture.com/contenu/theatredeverdure

– Chloé Leduc-Bélanger