Postées près des murs de la salle, les comédiennes s’étirent pour se préparer aux différents numéros qu’elles mettront en scène au Studio CirQus transformé pour l’occasion en ce qui se présente sous la forme d’un cabaret. Déjà, on peut noter l’effort physique qui sera impliqué. Montée dans le cadre du Festival FRINGE, la pièce vide. Tout ce qu’on fera de moi de la compagnie Trembler davantage prend place dans une ambiance cordiale, alors que les interprètes ont décidé de laisser tomber le derrière du décor et d’exécuter tour à tour leurs prestations directement à partir de la scène. Des citations de chansons pop, comme celles d’Ève ou encore de Britney Spears, délimitent le passage entre les différents morceaux scéniques à l’intérieur desquels on retrouve des échantillons de féminins, parfois forts, parfois ruinés, qui sont hantés par cette phrase : « à trop vouloir être tout, je ne suis plus rien ». Ce sont leurs cris qui résonnent entre les extrémités, le tout et le rien, et qui les positionnent tantôt de l’avant tantôt en retrait.

On assiste aux étapes nécessaires pour avoir l’air plus mince, la manière dont le menton doit se placer dans l’espace pour faire ressortir la mâchoire et celle bien précise qui consiste à décoller les bras du corps pour éviter la peau flasque. « Gagner, juste gagner » importe dans ce concours de beauté où les principales participantes sont des enfants, des enfants qui veulent « être remarquées ». Manger quelques balles de ouate trempées dans le jus d’orange et « montrer un cœur en or » avec un peu d’humidité dans les yeux suffisent pour projeter l’image qu’on attend d’elles. Il y a de la danse, une superhéroïne avec des mouvements cocasses, des femmes qui parlent de l’accouchement « comme si on leur avait coupé l’entrejambe avec des ciseaux » en faisant des abdominaux. D’autres à qui on demande d’avoir des lèvres « pulpeuses, prêtes à la semence ». Elles sont à quelques moments en colère, peuvent faire des entraînements intensifs au gymnase et nous envoyer paître par la suite parce qu’au final elles sont aussi tout ce qu’elles veulent bien faire d’elles-mêmes.

Dans vide. Tout ce qu’on fera de moi, on remarque le talent des interprètes qui nous font ressentir la rage de l’existence à travers leurs personnages ainsi que l’intensité avec laquelle elles travaillent. Leur jeu est vraisemblable et montre bien la dualité qui habite ces femmes à la fois vives et légères. Toutefois, l’ensemble nous donne l’impression d’être encore à l’état d’ébauche. Il y a quelques faiblesses entre les transitions et des numéros moins peaufinés que certains, ce qui nous empêche d’adhérer, voire de plonger complètement dans la proposition. On vous recommande quand même d’y assister pour vivre l’expérience tout en gardant en tête que les spectacles sont des explorations, des laboratoires, qui pourraient servir à d’éventuels projets. Et peut-être saurez-vous vous reconnaître dans leur état d’être et dans les cas sociaux pour lesquels elles dressent leur voix.

Vanessa Courville

Dans le cadre du Festival FRINGE, la pièce vide. Tout ce qu’on fera de moi est jouée le mercredi 17 juin à 19h30, le vendredi 19 juin à 17h45, le samedi 20 juin à 20h45 et le dimanche 21 juin à 16h30. Pour les détails, c’est ici.