Ne plus penser. Victoria a perdu la mémoire. Victoria est vieille, hospitalisée jusqu’à la fin de ses jours et sa vie n’est que flashs du présent et du passé, entre le rêve et la réalité.

Victoria a été autrefois. Elle a été comme nous tous; bébé, enfant, adulte, femme désirable, femme émancipée, une femme qui danse, qui rit, une femme dans tout ce qu’elle peut être, dans son corps, dans son cœur, dans sa tête…

Mais voilà : le corps a vieilli et la tête perd peu à peu l’esprit. Quant au cœur, lui, il s’en rappelle Victoria.

La pièce Victoria, œuvre chorégraphique, porte en elle une lumière attendrissante, bienveillante et remplie de vie pour ceux et celles qui ont oublié, qui s’oublient, qui tentent de se souvenir. Victoria a été créée il y a quinze ans par Dulcinée Langfelder et a reçu, depuis, de nombreuses récompenses. Mélange savoureux de théâtre, de danse et d’ombres, la pièce offre aux spectateurs un monde extraordinaire de fragilité et d’audace qui repousse les limites de l’imaginaire. Victoria a été présentée à travers le monde dans huit langues.

Sans l’ombre d’un doute

« Beaucoup de rencontres, d’échanges et de moments magiques ne demeurent que dans nos souvenirs…que l’on sait si fragiles. Comme Victoria nous le rappelle, on peut oublier des noms, mais on n’oublie jamais l’amour qu’on a partagé avec les autres. », explique Dulcinée Langfelder.

Victoria vit avec son ombre et se réfugie en elle. Loin d’être amer concernant la vieillesse, le personnage est plein de joie de vivre, de douceur, de naïveté et de compassion. Victoria troque l’ennui avec son ombre, à la fois sa sœur, sa grand-mère, elle, Victoria, quand elle était jeune.

Les ombres reflétées sur les rideaux d’hôpital dessinent l’imaginaire de Victoria ainsi que ses souvenirs. La chorégraphie émerveille, touche, approfondit le sens des mots et des silences. L’utilisation astucieuse du fauteuil roulant comme objet d’envoutement et de soutien aux mouvements soulève les mœurs et revendique le droit à l’autonomie.

Près d’elle, il y a l’aide-soignant, homme dépassé par sa charge de travail, par la charge émotive qu’il en découle et par le poids du quotidien de Victoria. Le jeu des acteurs est intimiste, dynamique et doux. Leur jeu n’est pas un jeu. Leur performance artistique se veut près de leurs personnages, de leur réalité. Il émane d’eux un grand respect pour ce qui est.

Sujet d’actualité, le vieillissement de la population n’est pas sans rappeler la perte de repères inscrits dans le temps. Nos ainés sont très souvent laissés à eux-mêmes, sans famille, sans aide, avec une santé défaillante et une perte d’autonomie.

Que savons-nous d’eux? Que savons-nous de ces hommes et de ces femmes d’une autre époque qui, parmi nous encore, ne demandent rien d’autre que d’exister jusqu’à leur dernier souffle?

Une réflexion sur le vieillissement

Certes, la majorité des spectateurs présents était des hommes et des femmes du bel âge. Cependant, cette pièce va bien plus loin que le mouvement de la vie, du temps qui tue, des rides qui s’inscrivent sur le visage. Victoria ne se limite pas à un âge; la pièce transmet un message d’amour envers les ainés, mais aussi envers la vie. Et toute personne en vie se voit inviter au délire et à la mémoire de Victoria.

Victoria imprègne notre réflexion envers le vieillissement et nous pousse à concevoir ladite fatalité en un cheminement fragile et profond. Sous ses airs macabres, la mort se veut également une suite logique et affective de la vie. Victoria nous aide à tout doucement apprivoiser l’idée de la différence, l’idée que le corps vit sous une jaquette bleue et que l’âme se différencie de l’esprit. Car si Victoria perd parfois la tête, elle ne perd rien de l’émerveillement et de l’amour qu’elle conserve en son cœur.

Élizabeth Bigras-Ouimet

Texte: Charles Fariala
Chorégraphie : Dulcinée Langfelder
Avec Anne Sabourin, Éric Gingras et Erik Lapierre 

Le prochain spectacle sera présenté à la Maison de la culture Mercier le 15 novembre à 15h.

Pour le calendrier complet, c’est ici.