Après Curling et son documentaire expérimental, Bestiaire, Denis Coté ouvre le bal de la saison d’automne avec son très anticipé Vic + Flo ont vu un ours, récipiendaire du prix Alfred Bauer à la Berlinale. En attendant Une jeune fille de Catherine Martin, Tom à la ferme de Xavier Dolan et Triptyque de Robert Lepage et Perdo Pires, les amateurs du cinéma québécois auront de quoi se mettre sous la dent grâce à cette nouvelle offrande de Coté. Certains disent que c’est son film le plus accessible, sans doute car c’est le premier à prendre des allures d’un genre particulier, le thriller. Probablement aussi parce que c’est le moins lent et le plus dialogué de sa filmographie. Qu’on se rassure, son histoire est toute aussi tordue que ce à quoi on est habitué.

Victoria est une vieille taularde qui vient de purger sa peine et tente de trouver refuge dans la cabane au fond des bois de son oncle invalide. Elle est rapidement rejointe par son ancienne amante, Florence, avec qui elle espère demeurer tranquille, à l’abri du reste du monde. La sérénité du couple sera pourtant perturbée par des visites de l’agent de probation de Vic, par la présence des autres membres de la communauté, et par Marina Saint-Jean, une voisine survoltée et un peu bizarre.

On l’aura deviné, la richesse de Vic + Flo est dans ses personnages, séculaires, isolés, abîmés par la vie et très bien construits. Ils ont beau être plus bavards que ceux d’États nordiques ou d’Elle veut le chaos – le film qui s’en rapproche le plus – une part d’eux demeure inaccessible. Le scénario réussit à rendre sympathique des individus qu’on aurait, à première vue, peur d’approcher.  De ce point de vue, le film est extrêmement bien servi par ses trois actrices principales, Pierrette Robitaille, Romane Bohringer et Marie Brassard, qui réussissent parfaitement à donner corps aux anti-héroïnes habitant ce monde à la fois calme et inquiétant.  Tout peut arriver dans une forêt…

Il s’agit alors peut-être du film le plus accessible de Denis Côté qui s’est amusé à jouer avec les codes du thriller…avec succès. Il n’est peut-être pas aussi noir que Curling, ni aussi contemplatif que Les États Nordiques, mais il demeure quand même un film propre à l’esprit de Coté. On y retrouve les thématiques habituelles : la vie des marginaux, l’isolation, l’irruption du malaise. Un film qui plaira à ses fans…et sans doute aux autres aussi.

– Boris Nonveiller

Vic + Flo ont vu un ours, projection spéciale en présence du réalisateur, du producteur et de l’équipe du film le 31 août 2013 au Centre Phi. Pour les infos, c’est ici.