Pour la deuxième année consécutive, le spectacle déambulatoire nous est présenté sur la Colline parlementaire, à Québec. Cinq spectacles indépendants les uns des autres, cinq parcours distincts nous y attendent, chacun possédant un style particulier, chacun ayant une portée différente, un impact particulier.

La grande manufacture recréée une gigantesque usine à ciel ouvert en plein cœur du parc de l’Amérique française, une grosse shop où on pointe à l’arrivée comme à la sortie. Entre les deux, on peut voir des kiosques disséminés ici et là où des femmes de toutes origines fabriquent des objets à la chaîne, repassent du linge de façon presque perpétuelle, où elles cousent des poupées de chiffon à l’infini, ou enfin presque.

Le mouvement perpétuel, parcours totalement silencieux exception faite du Boléro de Ravel qui nous accompagne en trame de fond. On y suit une figure voilée, fantomatique qui nous guide tout au long d’un chemin où le temps fait son œuvre, où on suit le tracé d’une vie de la naissance au tombeau. Un parcours aux allures magiques qui se termine sur un chœur aux airs célestes.

La souricière nous replonge au cœur du Sommet des Amériques à grand renfort de gyrophares et de fumée.  Mais ici, beaucoup moins de casse et nettement beaucoup moins de violence. Policiers et manifestants y sont représentés par des mannequins immobiles aux postures parfois grotesques ou amusantes, créant une ambiance ludique, annulant l’effet de colère quasi viscérale qu’on sentait tout juste poindre en nous-mêmes à l’arrivée sur les lieux, à la vue d’images d’archives illustrant toute la brutalité et le non-sens du véritable Sommet, en 2001.

Le 7e continent est jalonné de déchets, de matières recyclables plutôt, dont sont fait les étonnants tous les costumes des acteurs présents dans ce tableau : robes faites de sac de chips, vêtements constitués de pintes de lait, de bouteilles de plastique vides, de rebus issus de notre consommation frénétique, outrancière; grotesque, quand on y songe.

Les nervures secrètes est un vaste spectacle aux acteurs fort nombreux, aux scènes multiples. On a joliment semé des champs de virevents qui tournent sous l’effet de la brise dans les platebandes de la cour intérieure du Complexe G, on a ligoté les bancs publics, on nous sollicite d’un côté puis de l’autre, on y effectue des chorégraphies sans fausse note, on y joue des saynètes théâtrales, on nous étourdit, on nous désoriente.

Où tu vas quand tu dors en marchant est devenu une institution, un grand incontournable estival à Québec, une expérience à voir et à revoir et à revoir encore tellement les détails sont nombreux, tellement la poésie est belle, les images sont fortes, les réflexions abondent en nous. Non le théâtre, ça ne fait pas mal.

– Charles Quimper

Où tu vas quand tu dors en marchant, spectacle déambulatoire extérieur présenté dans le cadre du Carrefour international du théâtre, du 24 mai au 3 juin 2018, sur la Colline parlementaire à Québec. Gratuit.

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