Trois ans ont passé depuis le dernier film de Catherine Martin, Trois temps après la mort d’Anna, et la réalisatrice revisite les mêmes thématiques, la même esthétique, et une histoire similaire dans son nouveau opus, Une Jeune Fille. Le personnage titre, est effectivement une jeune adolescente qui répond au nom de Chantal dont la relation visiblement très conflictuelle avec le père est évoquée en quelques mots et deux ou trois  plans. On n’en aura pas plus de détails. On n’en saura pas beaucoup plus sur sa mère, sauf qu’elle est mortellement malade. En rentrant de l’école, Chantal apprend que cette dernière est à l’hôpital et qu’elle ne reviendra plus. Il ne lui en faut pas plus pour partir à pied pour la Gaspésie, sans provisions – un peu de change, c’est tout – afin de retrouver la plage évoquée un jour par sa  mère. Elle sera ramassée sur la route par Serge, un fermier qui lui offre gîte en échange d’un peu d’aide sur sa propriété dont il est le seul habitant.

Dire que les deux protagonistes ne sont pas bavards est un euphémisme. Le film l’est tout aussi peu : la première demi-heure ne comporte que quelques répliques accompagnant les multiples paysages que traverse Chantal. On n’en saura ainsi peu sur leur passé. Pourquoi Chantal quitte-t-elle le  logis familial? Pourquoi Serge est-il aussi solitaire? D’où vient cette relation aussi austère avec sa sœur? Le but du film n’est pas de répondre à ces questions, mais plutôt de penser l’isolation et son rapport à la nature.  Si Une Jeune Fille est un poème, les paroles ne sont que des virgules ponctuant le silence qui est le véritable propos du film. C’est une histoire sur la solitude, ou plutôt deux solitudes, deux êtres humains qui ne sont pas habitués de vivre avec des gens agréables, qu’ils apprécient, comme si ça leur arrivait pour la toute première fois, et qui ne savent pas comment réagir devant une situation aussi bizarre.

Ils ne parlent que quand il le faut, s’exprimant le reste du temps par leur silence, leur gestuelle, leurs malaises, leurs présences ou absences. La caméra fait de même par les plans fixes qui se décalent parfois très lentement, comme pour ne pas nous brusquer, captant tantôt les décors sobres d’une ferme presque à l’abandon, tantôt l’agitation lente de la nature, laissant parler le non-dit plutôt que les acteurs. Ces derniers offrent une performance qui n’est que subtilité. Comment jouer des émotions quand  nos  personnages ne veulent pas en laisser paraître? Ariane Legault et Sébastien Ricard réussissent à répondre à la question par un jeu qui aurait dans ce contexte pu être ennuyant, mais qui ne l’est pas une seconde. Le film réussit à être tout aussi captivant. Un autre film lyrique accompli de Catherine Martin.

– Boris Nonveiller

Une Jeune Fille, en salles dès aujourd’hui.