Émilie et Julie sont inséparables, et pour cause : Julie comprend sa petite sœur, autiste, mieux que quiconque. Depuis le divorce de leurs parents, elle fait même office de deuxième mère, accompagnant sa cadette à l’école spécialisée, désamorçant les crises qui résultent de l’incompréhension de leur entourage. Mais par un bel été à la campagne, un accident va transformer Émilie, au point où Julie ne la reconnaîtra plus. Comment expliquer aux médecins et à leurs parents qu’elle est désormais différente, mais autrement?

Avec La petite fille qui aimait Stephen King, Claudine Dumont signe un deuxième roman placé sous le patronat du maître de l’horreur. Suspense, terreurs nocturnes et phénomènes étranges peuplent le roman, dont certaines scènes frôlent l’insoutenable. Il y a d’abord cet « accident », qui sera l’élément déclencheur de la descente aux enfers d’Émilie. Il y a ensuite les comportements dérangeants de celle-ci, mais aussi ceux de Julie, qui tente à elle seule de sauver sa petite sœur d’un mal qu’elle cherchera à partager pour mieux lui trouver une solution. Il y a surtout la cohabitation entre la vie quotidienne et le fantôme de cet accident, à la fois omniprésent et irréel, qui fait douter de tout.

Sans surprise, la structure rappelle celle de La petite fille qui aimait Tom Gordon de Stephen King, avec son intrigue de plus en plus hallucinée, son sauvetage, ses explications. King apparaît également entre les mains d’Émilie, qui adore ses romans; on en détecte aussi l’influence dans le choix du lieu de l’accident, un champ de maïs, où se cache l’entité terrifiante de la célèbre nouvelle « Children of the Corn ». Mais la comparaison avec King s’arrête là: si la plume de Dumont parvient à quelques reprises à susciter le dégoût ou à tenir en haleine, on n’y sent ni le souffle, ni l’urgence, ni la lucidité qui sont le propre de l’auteur américain.

Le fait que le personnage d’Émilie soit autiste ajoute une dimension documentaire au roman, puisqu’à travers les réflexions de Julie, on en vient à cerner la logique derrière les manies de l’adolescente. Par contre, la crédibilité s’effrite avec les interventions des adultes : la mère, alcoolique, a abandonné son autorité à la suite de son divorce; le père, absent, est déconnecté de la vie de ses filles; les médecins et les professeurs refusent d’écouter Julie et de prendre en considération ses soupçons. Julie elle-même, tout entière tournée vers sa sœur, n’a pas beaucoup de substance, et même si elle finit par mener sa propre vie et tisser des liens avec d’autres filles du cégep, cela n’aura aucune répercussion sur la suite de l’histoire.

Bref, La petite fille qui aimait Stephen King est un roman intéressant par son thème et l’inquiétude qu’il suscite, mais l’intrigue, un peu linéaire, aurait pu être étoffée, notamment grâce à ses personnages moins unidimensionnels. Il s’agir néanmoins d’une lecture légère et agréable, dans la mesure où on apprécie le genre et les frissons qu’il déclenche.

– Chloé Leduc-Bélanger

La petite fille qui aimait Stephen King, Claudine Dumont, XYZ, 2015.