Même si aux premiers abords, ce roman ne semblait pas être dans “mes cordes” côtés style et genre littéraire, je me suis rappelée les sages paroles de ma mère qui me disait que de manger autre chose que mes plats préférés ne me tuerait pas (et je lui donne raison sur ce coup-là et par sa faute, je suis devenue gourmande aussi, mais ça, c’est une autre histoire…) Mais surtout, comme je suis une grande nostalgique et originaire de Sherbrooke, je me suis laissée tenter par la route vers mes origines. J’ai donc baissé mes armes habituelles, et je me suis faite toute neuve pour apprécier l’aventure proposée par l’auteure, Monique Le Maner.

À la fine limite du conte et du roman, Un taxi pour Sherbrooke est empreint d’une sensible légèreté qui côtoie aisément la fantaisie, mélangeant d’une main habile le monde réel à celui de la fiction. Chose certaine, nous avons envie de suivre dès les premières lignes le personnage principal, Yolande, une voyante bonasse au don particulier; celui de pouvoir prédire au jour près la mort de ses “clients” qui habitent un certain hôpital sur un certain étage. Vous savez, l’étage où les gens veulent savoir quand ils mourront, parce que vous savez, c’est ça, le métier de Yolande; de dire quand…

Mais une certaine journée qui semblait bien banale vint tout changer. Son don, maintenant défaillant dû à une étrange vision qu’elle n’arrive pas à expliquer, nous mènera à la rencontre hebdomadaire de Mathilde, une vieille recluse désagréable ne vivant que pour se repentir avant sa mort certaine et celle de Léo, un enfant richissime et esseulé par la mort de ses parents, qui lui dans l’impatience, attend la mort qui ne vient pas. Cet enfant qui, selon Yolande, «avait appris à ne pas vivre et, par ennui, à désirer la mort.»

Pour comprendre cette vision qui la tenaille et ainsi retrouver sa faculté perdue, Yolande n’aura d’autres choix que de quitter à la hâte, sa ville et ses “clients”. Sous la pression incessante de vouloir résoudre à tout prix cette énigme qui semble liée à ses amitiés passées, Yolande orchestre son départ en catastrophe.  Malgré la désapprobation de Yolande, Mathilde et Léo (avisés du furtif départ de leur voyante et pris de peur par l’abandon possible) feront eux aussi partie du voyage. Départ donc de Saint-Jérôme, vers La Sarre (un léger détour) avec Philon, le chauffeur de la longue voiture noire. Qu’on se le dise : Philon, c’est lui, le chauffeur du fameux taxi. Et on s’en doute, il nous conduira jusqu’à Sherbrooke.

Tous entassés sur la banquette arrière, Yolande, Mathilde et Léo ne se doutaient pas du périple qu’ils allaient traverser. C’est Philon, de sa belle voix grave, qui donna le coup d’envoi: on y va! a-t-il lancé. Et c’est là que tout a commencé…

Ce texte d’une empathie généralisée croisée d’une béatitude enfantine et parsemé de drôleries et d’absurdités passagères nous propose un voyage aux mille rebondissements. Une longue route à réfléchir sur notre passé blessé, mais révolu et à notre présent qui parfois, est trop lourd à porter. Sans contredit, cette route nous mène à songer en silence à l’avenir qui nous borde, doucement, d’une main de fer…

 

Un petit mot sur l’auteure

Monique Le Maner est originaire de France (née à Paris, plus précisément) Elle a été son tour professeure de lettres (dans l’Hexagone, en Algérie et au Togo) et enfin, journaliste pour un hebdo parisien. En 1979, elle a immigré au Québec et devint réviseure dans une grande boîte de traduction de Montréal. Elle travaille aujourd’hui à son compte. Nous lui devons plusieurs ouvrages dans le domaine de la littérature jeunesse, des polars et des biographies aussi, signés sous le nom de Monique Lepage.

Un taxi pour Sherbrooke est le sixième roman publié chez Triptyque depuis les années 2000. Si vous êtes curieux, voici les derniers titres parus chez le même éditeur : La dérive de l’éponge (2004), La dernière enquête (polar, 2008) et Roman 41 (2009).

– Emilie Fontaine

Un taxi pour Sherbrooke, Monique Le Maner, Triptyque, 2013