Crédit photo: Martine Doyon

Êtes-vous déjà allés aux Ateliers Jean Brillant? Disons simplement qu’en sa qualité d’ancienne usine désaffectée, le bâtiment se prêtait particulièrement bien à une pièce comme Tu É Moi. Annonçant d’office qu’elle mettrait en scène le kidnapping d’un individu qui, tiens-donc, gisait déjà, inconscient et ligoté contre un vieux caille, alors que le public prenait place dans la salle. Entre ses pleurs étouffés, les sonneries de téléphone et  les nombreux éléments visuels à se mettre sous la dent durant l’attente : l’ambiance était comme qui dirait déjà installée.

Ça fait peur de le réaliser, mais on s’habitue plutôt vite à ce qu’une personne soit réduite au silence et/ou à l’immobilité: de totalement accaparée par le détenu, j’en suis venue par moments à oublier jusqu’à sa présence quand un pan d’histoire m’offrait plus d’attrait que le spectacle pitoyable d’un homme chignant sans aucune dignité.

Tu É Moi, «Tu et moi ?» «Tu es moi?» «Tuez-moi?» Je crois que c’est un peu de tout ça. La question de la filiation, de la barrière du langagière et culturel qui s’érige entre soi et l’autre, du fossé intergénérationnel qui agrandit sans cesse. Du conflit interne qui réside dans chaque individu aux prises entre tradition et modernité.

Si certains passages défoncent des portes ouvertes, il n’en est pas moins qu’ils demeurent des faits. Des faits que l’on sait et que l’on balaie du revers de la main, compte tenu de notre impuissance à réparer ce qui a depuis longtemps été détruit.  D’autre part, si l’on nous a habitué à ce que l’histoire soit écrite par les gagnants, il ne faut pas s’effaroucher quand subitement, le gentil blanc qui, animé par une âme pure et désintéressée, qui ne souhaitait  qu’éduquer les sauvages soit présenté sous un jour condescendant et aliénant une fois passé sous la plume de l’opprimé.

Si on ne peut réparer les torts, Tu é Moi en appelle à la mémoire pour conserver une dignité compromise. Les scènes de flash back, l’insertion de documentaires trafiqués viennent ajouter au discours à la fois percutant et désincarné, personnel et englobant. Un discours déchiré, ambivalent qui oscille entre ses souvenirs et son avenir.

Cette première pièce signée Marco Collin et mise en scène par Yves Sioui Durand, est présentée par Ondinnok aux Ateliers Jean Brillant, jusqu’au 30 novembre.

Vickie Lemelin-Goulet