Tehani et Ghada mariées à l’âge de 6 ans (Yémen) Child brides: Too young to wed 
© Stephanie Sinclair, Agence VII tooyoungtowed.org

 

L’exposition Trop jeunes pour le mariage m’a laissé une forte impression. Cette impression, c’est peut-être pas celle que voulaient provoquer les femmes à l’origine du projet, Stephanie Sinclair et Jessica Dimmock.

Une mise en situation s’impose peut-être : présentée au Gesù par l’Agence VII, parrainée par Amnistie, cette expo tente de dévoiler les circonstances du mariage des enfants. Sinclair et Dimmock ont arpenté le Yémen, le Népal, l’Éthiopie et l’Inde ; elles ont photographié des dizaines de jeunes fiancées, d’enfants-mères, de petites épouses.

Les photos sont magnifiques. Frappantes aussi, évidemment. Des demoiselles de huit ans qui ont un regard d’adulte et l’air résigné, ça met mal à l’aise. Et quand elles posent avec leur mari trentenaire, le malaise atteint des sommets.

Les images parlent d’elles-mêmes. J’ai été refroidie par les longs textes qui, affichés un peu partout, me commandaient d’être outrée. Je suis outrée, oui, mais surtout de ce que cette tentative de diriger l’interprétation du visiteur me semble enlever de leur force aux photos. J’aurais aimé moins de certitude accusatrice dans les commentaires ; l’horreur de la situation des enfants mariés se reflète bien assez dans chacune des photos.

L’impression que m’a laissé Trop jeunes pour le mariage, donc.

Une demoiselle de cinq ans, un garçon d’environ huit. Ils ont été réveillés en pleine nuit et vêtus à la hâte de costumes traditionnels indiens. Assis devant un feu, ils ne se regardent même pas. Leurs yeux se ferment tous seuls. Ils ont juste envie de retourner se coucher. Et des adultes tournent autour d’eux, se dépêchent, procèdent à la cérémonie. Ils marient les enfants la nuit parce que c’est illégal.

Là, j’ai vu le profond ridicule de la situation. J’ai constaté que les enfants avaient l’air de comprendre pas mal plus de choses que les adultes. Mais qu’ils étaient pris dans le délire de leurs parents. J’ai vu que de toute façon, c’est partout pareil. Les adultes comprennent jamais rien.

– Anaïs Savignac

Dans le cadre de l’exposition, le film La source des femmes, de Radu Mihaileanu, sera projeté au Gesù le samedi 28 septembre à 14h. Ce film raconte la tentative d’un groupe de villageoises nord-africaines d’améliorer ses conditions de vie en faisant une grève du sexe et de l’amour.

Pour plus d’informations :

http://tooyoungtowed.org

http://www.legesu.com