Euh… Radiohead

Mince! La sélection du feu de Dieu! On délaisse le méconnu pour plonger dans l’indispensable. Faut ce qui faut!

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Artiste : Radiohead
Album : A Moon Shaped Pool
Étiquette : XL Recordings

Souvent, pour les recommandations musicales hebdomadaires des Méconnus, le défi de convaincre nos chers lecteurs d’écouter un album en aussi peu de mots que le format nous le prescrit est un défi de taille. Cette semaine, je n’en aurais besoin que de six : Radiohead a lancé un nouvel album. Ai-je vraiment besoin d’en écrire plus pour vous donner l’envie de l’entendre?

Or, on m’assure qu’un texte d’une seule phrase ne constitue pas une contribution acceptable. Et c’est tant mieux puisqu’il y a en fait beaucoup à dire sur A Moon Shaped Pool. À commencer par l’instrumentation, redevenue plus organique que sur King of Limbs. Guitares, batteries et piano reviennent au premier plan alors que les expérimentations technos servent surtout à créer l’atmosphère. Le tout est savamment rehaussé par un ensemble à cordes et un chœur féminin du London Contemporary Orchestra venant renforcer l’angoisse et la mélancolie qui habitent depuis longtemps la musique du quintette d’Oxford.

Il faudrait ensuite écrire des pages et des pages pour pouvoir espérer rendre justice à la beauté des arrangements, des mélodies et des paroles qui meublent ce fascinant opus. Une beauté complexe que l’on apprend à apprécier d’une nouvelle façon, pour une nouvelle raison, à chaque fois. (Guillaume Francoeur)

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Artiste : ANOHNI
Album : Hopelessness
Étiquette : Secretly Canadian

Elle est ici une petite Afghane qui fouille les étoiles. Assise sur les gravats qui ont enseveli sa famille, elle attend elle aussi son drone promis, comme une délivrance, pour rejoindre les siens, tête dévissée et soufflée de son flanc de montagne jusqu’à un océan seulement imaginé, du désert à la plage.

Plus loin, elle avance comme une catastrophe, lâche et honteuse, en gravant sa profonde empreinte écologique dans un monde qu’elle veut voir bouillir. Les chiens crèveront de soif et les poissons flotteront en banc. Elle mettra le feu au vent et brûlera le ciel. Dans 100 ans et 4 degrés, on chantera ainsi l’apocalypse.

Avec Oneohtrix Point Never et Hudson Mohawke aux boutons et leviers, Antony Hegarty, désormais ANOHNI au féminin, modernise carrément la chanson contestataire en la bardant de grandiloquence et en l’expédiant sur un plancher de danse engagé. Hopelessness reprend en quelque sorte les grands thèmes abordés chez Antony And The Johnsons (politiques identitaires, environnement, totalitarisme, etc.) et les remartèle en rythmes suaves et mots percutants en tablant sur les leçons apprises, entre autres, chez Hercules & The Love Affair. Une combinaison instable ailleurs, mais en tous points maîtrisée ici.

En peu de mots, de la matière à réflexion par le frisson. Un objet sublime qui vous sommera de prendre position. Un joyau de la grande ANONHI. (Nicolas Roy)

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Artiste : Jean-Louis Murat
Album : Morituri
Étiquette : Scarlett / Le Label – [PIAS]

Jean-Louis Murat, c’est un territoire. À l’enfance, ce sont les villages de Chamalières, Murat-le-Quaire et La Bourboule dans le département du Puy-de-Dôme. En 2016, c’est la vicomté de Ventadour dans le Bas-Limousin, le district d’Epsom and Ewell et la vallée de Fontsalade. C’est Frankie aussi. Un récit d’amitié? Un compte rendu amoureux? Pas tout à fait. On y jase plutôt de la Franconie, du sacre de l’empereur d’Occident Charlemagne par le pape Léon III, de l’attaque des Bulgares contre l’empire carolingien en Pannonie et de la mystérieuse rivière de Casta-Ushi. Avec Murat, il ne faut pas confondre histoire et Histoire.

Morituri signifie en latin « ceux qui vont mourir ». Et pourtant, même si l’album est inspiré de l’année 2015, on ne doit pas y lire une référence aux attaques-suicides du 13 novembre à Paris. Bien qu’immortalisées et enregistrées dans un climat tendu postattentat, ni les paroles ni la musique en portent le fardeau. La voix de Murat est particulièrement sobre et zen sur une musique en rien morose, quoiqu’un peu générique. Mais qu’importe, quand le verbe chevauche aussi bien les sonorités dressées. Comme depuis ses débuts 15 albums plus tôt, on succombe encore à sa poésie de toponymie, à ses textes bios suggérés par ce qui roule sur le relief et à ses mots puisés dans l’air du temps.

Ça ne tombe pas toujours sous le sens, mais c’est invariablement vachement bien ficelé. (Nicolas Roy)