Bellflower

Cette semaine, on la commence mercredi. Avec une jolie fleur de saison, une Betty ethnomélopolyvalente et un groupe du Minnesota dont le nom signifie « politique » en polonais. Faites comme nous : honnissez le silence.

Bellflower

Artiste : Bellflower
Album : The Season Spell
Étiquette : Indépendant

Le blizzard avait frappé dans le comté des Basques au troisième jour de la relâche. Sur Saint-Mathieu, entre deux rangs, au sud du chemin du Fronteau, l’advection horizontale avait recouvert de neige balayée le premier tronçon de la dernière descente vers la route Marie-Victorin. Un automobiliste, agile quoiqu’insoucieux, s’engagea dans la côte et découvrit trop tard une déneigeuse qui hurlait en sens inverse dans un cumulus de poudrerie. Des lèvres crevassées de la victime en devenir s’échappèrent une prière : « câââââlissse, ici je meurs… sur la musique de Bellflower ».

Miracle, il survécut! La voix floconneuse et hydrogénée d’Em Pompa, rappelant une jeune Lou Rhodes dégagée de son breakbeat, a-t-elle désempesé la carrosserie et fait flotter le véhicule au-delà de son dernier sommeil? Les percussions omniprésentes, organiques comme synthétiques, et les pistons de cuivre ont-ils plutôt lesté le châssis et fait mordre le pneumatique dans la voie glacée? Et le piano léger? Et la flûte enchanteresse? Et la clarinette enveloppante? Qu’importe la cause si la musique sauve.

Bref, à celui qui écoute The Season Spell de faire son cinéma et d’en faire sa trame. Ça colle à toutes fins pratiques… (Nicolas Roy)

Pour les détails du lancement au Cabaret Lion d’Or, on clique ici.

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Artiste : Betty Bonifassi
Album : Lomax 
Étiquette : L-A be

Près d’un an et demi après la sortie de l’éponyme Betty Bonifassi, dans lequel la dame rendait hommage aux chants d’esclaves africains déportés vers les États-Unis pour y travailler dans les champs et remerciait l’ethnomusicologue Alan Lomax, elle remet ça avec le plus justement titré Lomax, long jeu qui reprend une bonne poignée des chansons déjà interprétées dans le précédent.

Devant un projet de la sorte, grande est la tentation de comparer les deux albums. L’approche est inévitablement différente, l’artiste ayant fait table rase de ses ex-collaborateurs pour constituer une toute nouvelle équipe créative qui comprend notamment l’omniprésent Jesse McCormack aux guitares rugueuses, aux claviers tant acoustique qu’électrique et à la réalisation, Mathieu Désy aux basses [pour et contre] et Martin Lavallée à la batterie bien chargée, ces trois messieux s’occupant également des arrangements musicaux. La chorale 100 % féminine Les Marjo’s se charge d’accompagner la voix de notre B.B. nationale, reconnaissable d’entre toutes depuis Chill ’em all (2004) de Champion, où elle approchait déjà des chants d’esclaves africains du Sud des États-Unis.

Avec des intitulés plus ou moins différents de l’album de 2014, Grizzly Bear, Berta, Old Hannah et Black Woman ont droit cette fois-ci à un habillage dépouillé de tout effet électronique au profit d’une approche plus vintage root, accentuant l’hommage sans pour autant en faire une imitation des œuvres d’époque enregistrées par la famille Lomax au cours du vingtième siècle. Et No More My Lawrds, deux fois plus longue que dans la version préalable, avec son rythme languissant, nous fait redécouvrir l’essence du blues. Et juste pour cela, on y plonge à tympans joints, les hanches lascives et la tête dans l’Histoire. (Jean Lavernec)

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Poliça

Artiste : Poliça
Album : United Crushers
Étiquette : Mom+Pop

Oh! Lime Habit avec ton enchevêtrement de peaux et de pads, tes coquines flatulences cosmiques, ton digi-feulement de robot-fauve, tes paroles inintelligibles! Oh! Weddings, avec ton pouls sur tambours, ton tonus sur support numérique, ta trajectoire de basse molletonnée, tes paroles pas vraiment plus claires! Ainsi mon cœur se façonne son propre hype. Deux gros singles du feu de Dieu et je m’empiffre! Avec du point d’exclamation partout, comme du poivre sur une platée de pâtes nutritives!

Avec United Crushers, le groupe originaire de Minneapolis a opté pour l’approche de la mélodie joyeuse et délaissé l’introversion électronique autocensurée sous distorsion. La voix de Channy Leaneagh est désormais « défiltrée » et « naturalisée », et l’auto-tune destiné à enrichir les textures plutôt qu’à camoufler les faux plis. On retrouve toujours cette base mélodique électronique, mais les deux batteries (à voir sur scène) qui la survole en boucle sont plus pesantes et d’un commun accord que sur les précédents Give You the Ghost et Shulamith. En somme, un autre pas d’une grande amplitude dans la plus avisée des directions. (Nicolas Roy)

Joie redoublée, la formation sera sur notre territoire sous peu (21 avril) au Petit Campus. Les plus amples renseignements sont ici.