Bombino (crédit photo : Marije Kuiper)

Cette semaine : un orage magnétique dans le Sahara central, une pluie analogique sur l’archipel de San Juan et deux mecs à la mer. C’est ça qui est ça.

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Artiste : Bombino
Album : Azel
Étiquette : Partisan Records

Beaucoup d’éléments sont incandescents et s’amalgament dans la musique d’Omara « Bombino » Moctar. Du côté politique, on y entend deux soulèvements de son peuple (touarègue) dans le désert du Niger, autant d’exils, l’exécution de deux de ses musiciens et le ban de son instrument au pays, perçu comme symbole de rébellion. Sur le plan musical, on note une approche particulière à la guitare, issue d’une part des techniques inscrites dans les gènes des joueurs de ngoni et d’imzad et, d’autre part, de la découverte des Santana, Hendrix, Knopfler et autres porte-étendard de la six-cordes électrifiée. Le tout rend ici hommage à chacune de ses parties.

Azel, le nouvel album, se fait la suite de Nomad paru en 2013 chez Nonesuch, mais s’en démarque en tous points. Sous la gouverne d’un Dave Longstreth (Dirty Projectors) bienveillant, Moctar et ses musiciens ont réussi – à petits pas et dans la verdure de Woodstock, New York – à marier leur Tichumaren (blues du désert) aux harmonies vocales occidentales et à une rythmique atypique pour donner naissance à un genre nouveau : le « Tuareggae ». À vous de subir le test du « battage » de mesure involontaire en écoutant l’extrait qui suit… (Nicolas Roy)

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ears

Artiste : Kaitlyn Aurelia Smith
Album : Ears
Étiquette : Western Vinyl

On le ressent tous un jour ou l’autre. Le désir d’effleurer de la pulpe des doigts un clavier capacitif plat. L’appel des oscillateurs commandés en tension et des modules de séquenceurs analogiques. Le vertige de l’onde complexe quand la sinusoïdale n’assouvit plus. À la puberté pour certains, au sortir du Berklee College of Music pour d’autres. C’est le cas de Kaitlyn Aurelia Smith, destinée jeune fille à la guitare classique, au piano et à l’indie folk, avant de tomber sous l’emprise corruptrice des rencontres micro-tonales.

Avec Ears, Aurelia Smith reprend le sentier défriché durant le cycle d’Euclid paru l’an dernier. Quoique plus légères et moins géométriques cette fois-ci, ses compositions kaléidoscopiques font encore pleuvoir une ondée numérique sur la nature de l’île d’Orcas où elle réside. Avec un peu de vent, des bois et du cuivre, on se retrouve avec une œuvre électronique au taux de chlorophylle élevé qui s’écoute finalement mieux dans le vert que dans le noir. (Nicolas Roy)

•••shadow art

Artiste : The Last Shadow Puppets
Album : Everything You’ve Come To Expect
Étiquette : Domino Records

Ah, les supergroupes, avec ses délais interminables entre les albums… Huit ans après avoir surpris l’ado, son grand-frère et sa petite sœur avec The Age of the Understatement, le leader d’Arctic Monkeys Alex Turner, l’ex des Rascals et artiste solo Miles Kane ainsi que le réalisateur, multiinstrumentiste (pour Arctic Monkeys, mais aussi Klaxons, Florence and the Machines ou Peaches) et moitié du tandem Simian Mobile Disco James Ford ont décidé de soulever le couvercle et nous laisser enfin humer ce qu’ils ont tout ce temps mijoté comme recette secrète.

Le résultat est savoureux. Sans ironie, de la musique que l’on peut écouter au quotidien : pour le ménage, en voiture, dans la foule du métro, du bus ou de la rue. Évidemment plus mature que leur première création commune, ce que le nouvel opus a perdu en spontanéité (justement, The Element of Surprise et Pattern), il l’a gagné en solidité (Sweet Dreams, TN). La direction est plus cohésive, les paroles, moins adolescentes (Dracula Teeth, Aviation). Les deux auteurs-compositeurs-interprètes assument leur passage à la trentaine (la chanson-titre) pour livrer un album dense (tout comme le précédent, sous la barre des 40 minutes) de bon rock britannique (Bad Habits, She Does The Woods) aux ballades (Miracle Aligner ou The Dream Synopsis, qui clot le long jeu) qui vous accompagneront sans parasiter vos oreilles tels certains asticots radiophoniques. (Jean Lavernec)