Cette semaine chez nous pour vous : un album à danser dedans au nom à coucher dehors, un rang de perles transcendantes et une amie qui vous veut du bien. On écoute ça à visibilité réduite ce matin.

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Artiste : Dead Obies
Album : Gesamtkunstwerk
Étiquette : Bonsound

Vnce, concocteur de potions sonores, et ses cinq comparses MC – 20Some, O.G. BEAR, Jo RCA, Snail Kid et Yes McCan – ne se sont guère contentés de faire une suite à Montréal $ud (2013), album qui a pris la communauté hip hop – et journalistique – de court qui en avait long à dire sur eux.

Non pas alternance de sons enregistrés lors de trois concerts à l’automne dernier à Montréal et de sessions studio, mais bien une fusion de ces deux sources, un alliage du meilleur des deux mondes. En gros, pensez à l’entreprise de Jean Leloup, avec son approche « live trafiqué » pour Les Fourmis en 1998, mais à la sauce milieu des années 2010.

Lorsqu’on parle des DO, le terme de post-rap est loin d’être fantaisiste. Si leur musique, encore plus ici que dans l’album précédent, garde une forte odeur d’essence hip hop, le combustible qui la propulse est de bien d’autres natures musicales. Les limiter à des disciples du rap pur et dur reviendrait à se borner à décrire Pierrot le fou de Godard comme un film policier.

Yes McCan fait référence dans le documentaire sur l’album à La société du spectacle de Guy Debord – une lecture essentielle, s’il en est, de la trempe du Capital de Karl Marx –, mais ne partez en courant, belle jeunesse : ni les paroles ni la musique de l’album ne traitent de la chose. Le lien est ailleurs, dans l’exécution de cette œuvre d’art totale (ou Gesamtkunstwerk, dans la langue de Wagner).

D’ores et déjà un des albums de l’année, rien de moins. Bonne écoute et, si affinités, bon spectacle ce 10 mars au National. Pour les billets, on passe par ici. (Jean Lavernec)

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Artiste : Sarah Neufeld
Album : The Ridge
Étiquette : Constellation Records

Il y a de ces musiques tellement envoûtantes qu’elles nous transportent hors du quotidien. En écoutant The Ridge de Sarah Neufeld, même la plus prosaïque des activités (du genre : manger une toast au beurre d’arachide) semble chargée de sens! Et il y a de ces chansons comme The Glow, Chase the Bright and Burning et A Long Awaited Scar qui coupent court au nihilisme tellement elles sont transcendantes. « Wow, ça, c’est tout un statement! », pensez-vous peut-être. Mais vous verrez bien que c’est à peine exagéré si vous faites jouer à plein volume le deuxième album solo de la violoniste et chanteuse, accompagnée du batteur Jeremy Gara (Arcade Fire), qui vient ajouter un peu de fantaisie au projet.

Sa tournée avec son complice, le saxophoniste expérimental Colin Stetson, pour leur excellent album commun Never Were the Way She Was vient à peine de se terminer que Sarah Neufeld repart déjà sur la route. Heureusement pour les Montréalais, elle sera de retour le 10 avril, à La Sala Rossa, le temps d’un spectacle qui risque d’être aussi enchanteur que son opus lui-même. Si vous n’aviez pas eu le bonheur d’assister à sa prestation magique sur le toit d’Ubisoft en 2014, voilà votre chance de vous reprendre! Pour les billets, on clique ici. (Edith Paré-Roy)

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Your-Friend-Gumption

Artiste : Your Friend
Album : Gumption
Étiquette : Domino Recordings

Your Friend, ce n’est pas votre « chum de foire » avec qui vous vous éclatez toute la nuit mais à qui vous avez bien peu de choses à dire une fois le matin venu ou encore cette connaissance de longue date avec qui vous ne parvenez jamais à aller au-delà du small talk. Your Friend, c’est cette amie intime, celle que vous voyez rarement mais avec qui les masques tombent aussitôt et les conversations vont droit à l’essentiel, comme si vous vous étiez quittés la veille. Ensemble, vous refaites le monde, ressassez le passé, évaluez ce que vous êtes, ce que vous vouliez être et ce que vous voulez devenir, vous partagez vos secrets, vos craintes et vos regrets en toute honnêteté.

Your Friend, c’est Taryn Miller et, sur son premier LP Gumption, elle vous partage tout ça en tout juste 37 minutes et 8 chansons, certaines plus pop et faciles d’approche, et d’autres résolument plus expérimentales et méditatives. L’intimité de ses paroles est appuyée par une voix sensible et expressive de même que par une réalisation sonore étoffée qui confère au tout une sonorité d’avant-garde rappelant parfois Beach House, Björk ou même Enya.

Et quand se termine ce trop bref rendez-vous, on en redemande et on se souhaite de revoir notre chère amie très bientôt. (Guillaume Francoeur)