Diane Coffee (crédit photo : gracieuseté de l’étiquette)

Meilyr et Methyl sont dans un bateau. Les deux tombent à l’eau. Qui qui reste? Un jeune homme qui porte un prénom de femme. Les dénominations à coucher dehors sont à l’honneur cette semaine.

Diane Coffee

Artiste : Diane Coffee
Album : Everybody’s A Good Dog
Étiquette : Western Vinyl

En combinant une variante du prénom de la leader des Supremes (Diana Ross) et le titre d’une pièce (Mr. Coffee) d’un auteur-compositeur mystérieusement disparu (Nathan Pelkey), vous obtenez le surnom au genre confus du californien Shaun Fleming. En combinant ensuite le psy-funk, le glam gospel, le rock opéra à petite échelle et le pot-pourri R’n’B, bref la nostalgie sans le déjà-vu, vous obtenez Everybody’s A Good Dog, deuxième tome au catalogue de celui qu’on reconnaît aussi aux commandes de la batterie chez Foxygen.

N’allez pourtant pas croire qu’il s’agisse de l’album récréatif d’un membre mineur d’un groupe majeur. À la manière de Father John Misty, aux talents sous-exploités dans un rôle de figurant, Fleming signe ici des pièces ambitieuses et éclectiques qui témoignent d’une personnalité distincte et flamboyante. L’ouverture, Spring Breathes, sonne la charge et annonce les plaisirs à venir en enchaînant harmonies bucoliques, dépouillement acoustique, refrains planants et transitions savantes. Et ainsi vogue la galère, de suprises en rebondissements, jusqu’à une finale, Not That Easy, digne de ce nom.

Par ailleurs, ne cherchez pas l’album au rayon nouveauté. Il est paru en septembre dernier. Si on en discute ici, c’est que « Diane » sera de passage chez nous ce mardi au Divan Orange. Avis aux pantouflards, écouter l’extrait ci-dessous, c’est se convaincre d’y faire un tour. (Nicolas Roy)

•••

Methyl

Artiste : Methyl Ethel
Album : Oh Inhuman Spectacle
Étiquette : 4AD

Les Australiens ont a cote ces temps-ci. Il semble que les maisons de disques soient toutes à la recherche de leur propre Courtney Barnett ou Tame Impala. Dans cette quête pour la prochaine sensation du sixième continent, 4AD a réussi une belle avancée en mettant Methyl Ethel sous contrat. Le trio, formé par le leader Jake Webb pour satisfaire les nombreux fans de ses enregistrements solos qui souhaitaient le voir performer sur scène, a fait paraître la semaine dernière son premier album, Oh Inhuman Spectacle, que l’on pourrait qualifier de beach music pour insomniaques.

Dès le tout début, avec la mélodie répétitive du titre Idée Fixe, on se sent aspiré dans un rêve doucement psychédélique et on y pénètre un peu plus profondément avec chaque pièce qui suit, jusqu’à la finale, un retour à la réalité aussi délicat que possible. Si on se fie aux paroles, c’est un rêve mouvementé (impliquant, notamment, un enlèvement extraterrestre), mais on se laisse néanmoins porter paisiblement par ce captivant mélange de dream pop et de new wave des années 80 où les vers d’oreilles se succèdent. (Guillaume Francoeur)

•••

meilyr-jones-2013

Artiste : Meilyr Jones
Album : 2013
Étiquette : Moshi Moshi Records

Des exemples de bassistes membres d’un groupe sombré dans la légende [ou pas] et qui ont réémergé en tant qu’artiste solo frayant leur propre parcours créateur sont évidemment moins légion que leurs ex-collègues chanteurs ou guitaristes, mais sont loin de leur envier la beauté de leurs œuvres : de Jack Bruce de Cream à Jah Wobble de Public Image Ltd., en passant par John Cale du Velvet Underground ou Holger Czukay de Can, jusqu’à Norman Cook des Housemartins, qui devint [entre autres incarnations] Fatboy Slim.

Dans le cas de l’ancien joueur de basse des Race Horses, Meilyr Jones, la situation est toute autre : s’il était aussi leader de son groupe, à la Czukay, il chantait déjà davantage que Cale, et donc se faisait bien moins discret qu’un Bruce sous les feux des projecteurs. Par contre, le chemin qu’il vient d’emprunter a, comme tous ceux susnommés, peu ou prou à voir avec le profil de leur passé vécu en collectivité. Après un minialbum l’année dernière, il nous propose un long jeu d’une orchestration baroque-pop d’une autre époque – cor français, clavecin, flûte, cordes – qui peut rappeler celle de Paris 1919 du justement évoqué ci-haut Mr. Cale et, par incidence, autre Gallois, si ce n’est qu’ici elle valse un twist avec une rythmique plus rock – guitare électrique et batterie alimentées à la vitamine C – C pour Classe. (Jean Lavernec)