L’automne est revenu. Si l’arrivée de cette saison, souvent synonyme de morosité et de vague à l’âme, vous déprime, sachez que nous avons quand même plusieurs raisons de nous réjouir : exit les hymnes pop ensoleillées et mielleuses à outrance et le foutu reggaeton! Re-bienvenue à la musique chargée d’émotions intenses et de pulsions rebelles!

Voici trois albums qui sont sortis dans les dernières semaines et qui sauront assurément s’arrimer à votre état d’esprit au fil des jours de plus en plus courts.

preoccupations-albumPreoccupations, Preoccupations, Flemish Eye Records

En décembre dernier, quand nous vous avions présenté notre palmarès des meilleurs albums « recrues » de l’année 2015, je m’étais engagé à rester aux aguets afin de vous tenir informés de la nouvelle identité de la formation canadienne Viet Cong, celle-ci ayant décidé de délaisser cette appellation controversée. Puisque j’ai l’habitude de tenir parole (quand ça m’adonne), je vous présente maintenant Preoccupations. Ce nouveau nom n’est peut-être pas aussi accrocheur que le précédent, mais il a l’avantage d’être exceptionnellement bien adapté à la musique du groupe – en plus de lui permettre d’accomplir le rare exploit de sortir un deuxième album éponyme consécutif.

Un simple survol des titres que l’on retrouve sur cet opus suffit pour nous faire comprendre qu’on ne doit pas s’attendre à un bouillon de poulet pour l’âme (Anxiety, Monotony, Degraded, Fever, etc.). Cette ambiance lugubre et angoissante, rehaussée de paroles traduisant un inquiétant malaise psychique, constitue justement le principal legs ayant survécu à la mort de Viet Cong. La musique de Preoccupations est effectivement plus new wave que celle de son  ancêtre post-punk.

On est toutefois fort heureux de constater que le quatuor de Calgary n’a rien perdu de son énergie et de sa puissance dans le cadre de sa métamorphose.

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femejismcoverfinalDeap Vally, Femejism, Nevado Music Inc.

Les groupes dont l’histoire commence par une rencontre dans un cours de tricot ne sont sûrement pas légion. Mais n’allez surtout pas croire que Lindsey Troy et Julie Edwards, du duo américain Deap Vally, font dans la douceur et la mollesse pour autant. Elles donnent plutôt dans le rock pur, simple et percutant, agrémenté d’un féminisme revendicateur et d’une attitude à la « va te faire foutre ».

Après un premier effort résolument plus blues rock qui leur a valu d’être comparées à The White Stripes, à The Black Keys et même à Led Zeppelin, les deux Californiennes se sont tournées vers Nick Zinner des Yeahs Yeah Yeahs pour diriger la production de Femejism. L’influence de la célèbre formation new-yorkaise – et plus particulièrement de son album Show your Bones – se fait d’ailleurs sentir tout au long de ce deuxième enregistrement et on s’en réjouit.

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rubicolor-brainsugarCubicolor, Brainsugar, Anjunadeep

À l’origine, en 2014, Cubicolor était un duo de musique house assez intéressant, composé des deux producteurs néerlandais Ariaan Olieroock et Peter Kriek. Toutefois, c’est depuis qu’ils ont entamé leur collaboration avec le chanteur britannique Tim Digby-Bell, pour les simples Falling et Mirror Play, que la magie a vraiment opéré. Si bien que le duo est maintenant officiellement devenu un trio et qu’on peut entendre Digby-Bell sur huit des douze pièces de ce premier album, Brainsugar.

Et pour cause, la poésie des paroles de même que la voix fragile et mélodieuse de l’ancien leader de Duologue amène une touche de sensibilité et de profondeur aux rythmes électroniques sophistiqués, tantôt dansants, tantôt ambiants, des deux comparses hollandais. Cet heureux mélange, qui rappelle parfois certaines des œuvres moins trip-hop de Jay-Jay Johanson, accompagnera à perfection les couchers de soleil d’après-midis.

Guillaume Francoeur