Jonathan Bates (Big Black Delta)

Mon premier se fera désirer jusqu’à l’automne prochain, mon second lançait son album la semaine dernière, mon troisième sera sur scène chez nous ce lundi et mon tout est une recommandation de spectacles à voir. Bons frais de service !

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Artiste : Big Black Delta
Album : Trágame Tierra
Étiquette : Masters of Bates

Souffrir de charisme et être à la tête d’un band rock, c’est pas banal tous les jours. En plus de la pression exercée par les groupies qui prennent en chasse la souffreteuse fourgonnette de tournée, le bandleader doit, par souci d’accès éventuel au temple de la renommée du rock and roll, composer avec les prurits de ses bandmates sur la route et leurs faux-fuyants en période de création. Parlez-en à Jonathan Bates qui, en 2010, a mis la clé de Mellowdrone sous la porte pour se lancer dans un projet personnel pas piqué des vers : Big Black Delta.

En octobre dernier, Bates faisant paraître un premier extrait, RCVR, joli jujube concocté en laboratoire logiciel, mettant en vedette une voix issue de nos rêvereries adolescentes, celle de l’éternellement jeune et électrisante Debbie Gibson. Oui, Debbie Gibson. Le single mettait la table pour l’assiette de desserts parue la semaine dernière. Avec l’aide complémentaire de Kimbra et Camila Grey au micro, Bates nous propose de légers gâteaux étagés meringués aux frais synthétiseurs bien dosés. De quoi rendre jaloux un M83, un Miike Snow ou tout autre ensemble électro nordique. Confectionner des pâtisseries pareilles seul en fourneau, c’est pas de la tarte.

Bonne nouvelle, Big Black Delta a Montréal dans le GPS et sera chez ce lundi 9 mai au Bar Le Ritz PDB. Pour nourrir la nostalgie, on écoute Debbie ci-dessous, pour acheter des billets, on clique ici. (Nicolas Roy)

 

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Artiste : Plants And Animals
Album : Waltzed in from The Rumbling
Étiquette : Secret City Records

D’ordinaire, il faut de nombreuses générations, voire plusieurs milliers d’années pour quela sélection naturelle fasse son œuvre et qu’une espèce vivante intègre une mutation avantageuse à son code génétique. En perspective, on peut donc se dire que bien que les quatre années qui se sont écoulées entre les deux plus récents albums de Plants and Animals ont pu nous paraître longues, il s’agit en fait d’un délai très respectable pour accomplir une évolution organique aussi favorable.

Ainsi, dans un élan de darwinisme musical, après avoir accouché de quelques opus plus facilement catégorisables, le trio montréalais a réussi à conserver de son passé ce qui fonctionnait bien et à se débarrasser de ce qui marchait moins pour donner vie à un nouveau spécimen à l’identité plus flottante, mais à l’efficacité rehaussée. Et puisque les mutations peuvent également s’opérer par croisements, un bon nombre de collaborateurs ont été invités à contribuer au façonnement de cette captivante créature. Parmi ceux-ci, les apports les plus marquants résident certainement dans les voix de Katie Moore et Adèle Trottier-Rivard sur Stay et Off the Water.

Après quelques écoutes, on ne peut s’empêcher de se dire qu’avec Waltzed in from the Rumbling, les Plants and Animals viennent vraiment de trouver leur voix, comme une espèce maintenant parfaitement adaptée à son environnement. (Guillaume Francoeur)

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Artiste : VioleTT Pi
Album : Manifeste contre la peur
Étiquette : L-A Be

Le prélude au clavecin qui ouvre l’album donne le ton. VioleTT Pi aka Karl Gagnon, personnage aussi étrange qu’attachant, n’est pas devenu Taylor Swift depuis la parution de eV, en 2013. Avec Manifeste contre la peur, le jardin bien touffu de l’artiste se transforme en champ de bataille où il lutte avec franchise et sans pudeur contre les soldats qui l’habitent. Musicalement hétéroclite, tantôt rap, tantôt grunge, tantôt weird, on pensait que notre curiosité était piquée par le premier extrait Héroïne, mais c’était avant la parution de Les huîtres de Julie Payette et son clip, réalisé par le frère de Karl, Akim Gagnon.

L’artiste déconstruit les mots, les mélodies, s’ouvre et s’éclate sans se demander comment ce sera reçu. Et c’est ce qui est beau dans l’œuvre de VioleTT Pi : jamais on n’a l’impression qu’il écrit pour nous plaire. Comme un tableau que l’on regarde en le laissant nous toucher par en dedans sans essayer de comprendre, en se disant que de lui-même, le message passera. Si message il y a. Ou s’il nous est destiné. (Marie-Eve Brassard)