Suuns (crédit photo : Nick Helderman)

Du sombre, du coloré et du clair-obscur. Choisissez votre degré de luminosité et votre activité : rongement d’ongles, danse style libre ou ruminement de noir rempli d’espoir.

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Artiste : Suuns
Album : Hold/Still
Étiquette : Secretly Canadian

Ne bougez plus. Par le trou minuscule du sténopé, la lumière pénétrera. Par le canal auriculaire, les décibels déferleront. Dans trois minutes, nous aurons pour pochette un portrait on ne peut plus représentatif de la facture de l’album. Dans trois minutes et 8 secondes, au dernier tir de boulet rouge du morceau d’ouverture Fall, vous saurez à quoi vous en tenir et aurez à choisir votre camp : celui des victimes déjà tombées sous les projectiles lourds ou celui des résistants, exaltés sur le champ de bataille comme nulle part ailleurs.

Du propre aveu de ses taciturnes créateurs, Hold/Still est un album exigeant regroupant des morceaux tortueux qui livrent lentement et par incréments leurs secrets. Réalisé à Dallas par John Congleton (St Vincent, The War On Drugs, Sleater- Kinney), loin du confort de Montréal et de son familier studio Breakglass, ce troisième album ouvre la voie aux enregistrements de « premières prises » en mode live, au détriment des surimpressions sonores, sources de tergiversations. En d’autres mots, l’émotivité l’emporte sur la méticulosité.

Suuns suit néanmoins son chemin tracé en confectionnant encore une fois des morceaux aussi angoissants que sensuels. Des pièces qui, collectivement, foncent yeux fermés dans le muret du cul-de-sac et laissent l’auditeur perplexe, un trou dans l’estomac et des picotements dans le bas-ventre. On se retrouvera tantôt pris de panique sous le lit (Translate, Brainwash), tantôt dévoré par le désir entre les draps (Mortise And Tenon, Careful). C’est le propre de l’album extraterrestre : il entretient le cauchemar comme le fantasme. (Nicolas Roy)

Avis aux curieux, Suuns lance son curieux objet dans la foule ce mercredi 20 avril. Pour les billets, c’est ici.

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Artiste : Yann Perreau
Album : Le fantastique des astres
Étiquette : Bonsound

Yann Perreau vieillit bien. D’abord physiquement – n’est-ce pas ? – mais aussi, et surtout, musicalement. Après plus de trois ans sans nous offrir de nouveau matériel, disons que Le fantastique des astres était plus qu’attendu.

Un disque subtil peut-être, qui nous balade dans plusieurs directions avec la même candeur que pouvait le faire Western Romance paru en 2002. Des surprises, des sourires, quelques pas de danse. Et ça y est. On est conquis. Il ne connaissait pas, dit-il, cette fameuse Tante Blanche qui signe la réalisation. Une première collaboration. Difficile à croire. L’album ressemble tellement à l’auteur-compositeur-interprète qu’on dirait qu’il l’a réalisé lui-même.

Ça commence fort avec des refrains qu’on est capable de chanter dès la première écoute (Baby Boom, Momonna, et la délicieuse J’aime les oiseaux). On arrive au milieu avec l’envie de boire des bulles rosées en ouvrant la porte-patio et bang. Le ton change. Pas moins heureux, mais plus profond (À l’amour et à la mer avec Laurence Nerbonne, T’embellis ma vie, Mon amour est un loup). Yann le danseur cède sa place à Yann le sensible. Plaisir sur scène garanti autant pour nous que pour lui. (Marie-Eve Brassard)

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Artiste : Kevin Morby
Album : Singing Saw
Étiquette : Dead Oceans

Kevin Morby a quelque chose d’adorable. Au delà de son look bon garçon et de son visage avenant, on est touché par l’histoire d’un décrocheur du Midwest américain qui a soigné ses crises d’anxiété adolescentes à forte doses de punk avant de troquer le grenier à blé du Missouri pour le gratte-ciel de New York. Aujourd’hui établi dans les collines tranquilles de Mount Washington en banlieue de Los Angeles, Kevin continue à attendrir en nous proposant l’aboutissement des ses réflexions entremêlées, nourries au cours de saines ballades sous la lune parmi les broussailles et les coyotes. On est ici entre chien et loup.

Singing Saw célèbre ainsi la dualité, à l’image de l’instrument-outil dont il porte le nom. Caressée par l’archet, l’égoïne fait entendre sa voix céleste; tenue fermement par des mains calleuses, elle sonne le glas du saule. Mais si la cryptique pièce-titre nous tient l’oreille en otage et sur le qui-vive, au morceau I Have Been to the Mountain revient l’honneur d’une candidature au single de l’année. Guitare grattée, voix limitée mais pleinement assumée, basse bondissante, percussions élémentaires, roucoulement d’un choeur et réplique sous forme de cuivres, ce sont les ingrédients d’une chanson parfaite qui table autant sur une mélodie imparable qu’une production sans tare. Sans plus tarder, on vous confie sa jolie vidéo. Et sans pour autant vous proscrire l’abus d’une bonne partie, prière de ne pas négliger le tout. Singing Saw, comme une promenade nocturne par temps doux, est grisant de la première foulée jusqu’aux derniers étirements. (Nicolas Roy)