AaRON (crédit photo François Berthier)

Cette semaine en post-froidure au poste d’écoute : un europhénomène instantané qui s’est laissé pertinemment désirer, un album de rupture amoureuse au final heureuse et un couple de la ville des vents qui disperse ses bizarreries chuchotées aux quatre brises. Brrrr et ahhhh!

AARON-COVER-ALBUM

Artiste : AaRON
Album : We Cut The Night
Étiquette : Cinq 7 / Wagram Music

Il était une fois Simon Buret (chanteur, acteur) et Olivier Coursier (compositeur, pianiste et guitariste). Il était ensuite peu de temps plus tard l’actrice Mélanie Laurent, le réalisateur Philippe Lioret et le film titré Je vais bien, ne t’en fais pas, la première proposant au deuxième de napper le troisième (le film) d’un morceau écrit et composé par les deux garçons susnommés : U-Turn (Lili). Fast forward, tabac le film, tabac le tube, rêve à l’américaine dans l’Hexagone. Fin du chapitre un.

Sur We Cut The Night, album de la « renaissance » après cinq ans d’absence en studio, la paire emprunte la bretelle nocturne de l’autoroute du romantisme numérique au détriment de la voie express illuminée de la formule éprouvée. Oui, AaRON ose. Ose d’abord attendre en silence les catalyseurs d’émotions et ose ensuite proposer à ses fans des morceaux insufflés de cet hélium qui fait flotter au super ralenti le cœur entre deux humeurs la nuit tombée. Avertissement subséquent : c’est moins poignant sur l’heure du lunch.

C’est fort à propos de nuit qu’AaRON sera de passage chez nous ce samedi 20 février au Métropolis dans le cadre de Montréal en lumière. Pour le détail et les billets, c’est ici(Nicolas Roy)

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Basia Bulat_Fool_Single Cover_medres

Artiste : Basia Bulat
Album : Good Advice
Étiquette : Secret City Records

Avec sa voix aussi grave et puissante que contenue et à l’indice de gospel potentiel élevé, l’Ontarienne nous livre son quatrième album – déjà? eh oui, un aux trois ans, coûte que coûte. Ce nouvel album, qui en est un de rupture amoureuse, selon ses dires, détonne quand même, car à moins que la séparation eut été souhaitée, préférable ou tant attendue, on se sent curieusement une envie de sortir danser ou, quand on est frileux dans tous les sens du terme, de rester danser avec son amour peu friqué, sa coloc très enjouée ou son chat pas dégriffé, tant ces compos libératrices rendent le cœur et le pied légers. Un son faussement rétropop évoquant Phil Spector – c’est peut-être l’écho, l’orgue, sa voix… – puisque mâtiné de touches harmoniques et rythmiques où notamment le punk, le dub et l’électro auraient laissé quelques traces d’ADN incriminantes. Une période d’écoute idéale s’ouvre à nous, dans les ruines de la Saint-Valentin, avec ses suremballages de chocolat non recyclables et ses roses se fanant déjà dans l’eau surchlorée d’un vase tendance. En attendant Pâques. Ou la Trinité.

En spectacle ce jeudi, 18 février au Club Soda, à Montréal. Détail ici. (Jean Lavernec)

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BING_109_WabiSabi

Artiste : Cross Record
Album : Wabi-Sabi
Étiquette : Ba Da Bing!

Le wabi-sabi est une expression japonaise qui désigne la solitude, la mélancolie, la décrépitude. Et pourtant, ils sont jeunes, beaux et amoureux. Ils, c’est Emily Cross et son époux, Dan Duszinski. Ils, c’est Cross Record. Une formation texane qui vient tout juste de donner naissance à son deuxième album, si on passe sous silence les quelques maxis parus depuis Be Good en 2012.

Un album composé et enregistré dans la plus stricte intimité. Impossible d’ignorer la proximité du couple, discrète et subtile histoire d’amour qui plane sur chacune des neuf pièces, à commencer par The Curtain Part. Déjà, on donne le ton. Déjà, on se balade entre fragilité et intensité. Quand la force de la guitare rencontre cette voix aérienne qui rappelle Björk un peu, plus rien ne compte. On oublie qu’il fait -30, qu’aujourd’hui c’est lundi et que ce soir, on s’endormira seul peut-être ou peut-être pas. (Marie-Eve Brassard)