Moran (Crédit photo : Louis-Charles Dumais)

Cette semaine, écoutez ce qu’on décrit après le deux-points : une voix suavement râpeuse qui aligne les mots justes pour créer la tristesse dépouillée, quatre hommes qui s’entretiennent d’un parterre savamment entretenu et un band qui enchaîne les liftings sans déclencher de controverses virales. Et hop!

MORAN le silence des chiens

Artiste : Moran 
Album : Le Silence des chiens
Étiquette : Indépendant

Il aurait tout aussi bien pu s’appeler, à juste titre, Tristesse et beauté, tel le roman de l’auteur nippon nobelisé Yasunari Kawabata, tant cet amalgame joue tout au long du long jeu. Ça et une désarmante franchise (L’Orgueuil).

Album plus qu’intimiste, le Moran nouveau nous raconte au je – voire au nous, avec sa conjointe, l’auteure-compositrice-interprète Catherine Major, sur Tic-Tac – le quotidien d’un couple, avec ses hauts (Mémoire), ses bas (Merveilleux) et autres sous-vêtements (Crache ta salive, Chez toi). Distillant également les confidences tantôt d’un homme face aux différences religieuses (C’est pas moi), tantôt d’une frêle descendance à ses géniteurs (Figlie), le talent de Moran réside en cette capacité d’offrir une harmonie exemplaire entre les intruments et la plume, avec au centre sa voix rugueuse, calme, pesée. La reprise de Soirs de scotch (texte de Christian Mistral) de Luce Dufault, qui accompagne d’ailleurs ici l’artiste, si elle se situe peut-être trop près de l’original composé par Dan Bigras, a l’avantage de mettre davantage l’accent sur les paroles, en plus de se glisser à merveille dans l’ensemble. Un accroc vite pardonné grâce à la chanson mettant un terme à ce silence des chiens : l’homme qui avoue J’ai vu l’ours.

À ne surtout pas écouter dans vos moments sombres – à moins d’être constitué pour la chose. (Jean Lavernec)

Pour assister en ligne au lancement de l’album en direct du Lion d’or à Montréal, ce jeudi 14 avril, dès 20h00, on clique ici (LIVETOUNE.COM & MORANMUSIQUE.COM). Eh oui, c’est là qu’on est rendu. Pour y assister en personne, on clique ici.

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constantinople-et-ablaye-cissoko-jardins-migrateurs

Artiste : Constantinople & Ablaye Cissoko
Album : Jardins migrateurs
Étiquette : Ma Case

Intriguant intitulé que celui de l’album ci-commenté, fruit de la rencontre d’un trio véhicule des métaphores persanes et d’un barde sénégalais virtuose de la harpe-luth de la femme-génie. Comment jardin où poussent épices et ornements peut-il déterrer et sectionner ses entrelacements de racines pour entreprendre migration? Qu’est du ressort de la sédentarité et des traditions? Que découle du nomadisme et des pérégrinations? Que font vibrer à l’unisson les cordes entrecroisées de la Kora, du setâr et de la viole de gambe qu’on ouït dans ce clos globe-trotter? Quelque chose qui donne voix au grand chant sage du Monde, assurément.

Aux questions sémantiques l’Ensemble Constantinople et Ablaye Cissoko donnent réponses poétiques. On découvre dans Jardins migrateurs celui qui vit parmi les crocodiles, le singe et son secret, le poisson porteur de la mémoire de l’homme et la gazelle sauvage bien-aimée. On y entend aussi l’étranger qui nourrit, le rythme de l’eau, la vie sur le fleuve Saint-Louis, des migrants sur l’océan, une averse imminente et de nobles guerriers. Beaucoup de beauté dans le dialogue des cordes, de la peau et de la voix.

Chanceux que nous sommes, le quatuor nous offrira tout cela en direct à la Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal ce samedi 16 avril. Pour les billets dont l’achat est chaudement recommandé, on clique ici. (Nicolas Roy)

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Artiste : Woods
Album : City Sun Eater in the River of Light
Étiquette : Woodsist

Quand un artiste a déjà enregistré plusieurs albums et qu’il roule sa bosse depuis presque 10 ans en utilisant une recette bien éprouvée, il peut lui être difficile de se réinventer sans tourner le dos à ses fans de longue date. Or, après avoir été un exemple de constance en pondant huit bons albums d’acid folk en huit ans, Woods relève maintenant ce défi avec brio. Et ce, juste au moment où on commençait à se demander si la troupe de Jeremy Earl avait vraiment encore quelque chose de nouveau et d’original à nous offrir.

À grands coups de basses afro jazz, de guitares reggae, de percussions latines et de cuivres de mariachi, City Sun Eater in the River of Light fait prendre le bord à notre questionnement en moins de temps qu’il n’en faut pour dire son nom. Une telle transformation aurait sans doute pu sembler trop radicale, mais l’excellente production de l’album, de même que la voix de fausset de Earl et l’influence de la pop des années 60 déjà présentes sur les autres albums viennent enrober ce mélange éclectique d’une couche de vernis très « woodsien ». On a ainsi davantage le sentiment d’assister à une évolution qu’à une fracture; et on salive en attendant de connaître le prochain stade de cette séduisante progression. (Guillaume Francoeur)