La dernière fois qu’on a entendu parler de Robert Lepage dans le monde du théâtre québécois, c’était pour sa pièce fleuve de neuf heures, Lipsynch, présentée au Denise-Pelletier en 2010. En cinéma, ça fait dix ans, depuis l’adaptation de sa propre pièce, La face cachée de la lune. Mis à part ses mises en scène des opéras de Wagner au Metropolitain Opera de New York que le public pouvait voir en retransmission directe dans certains cinémas, ça fait plusieurs années que les amateurs du travail du metteur en scène mondialement reconnu n’avaient rien à se mettre sous la dent. Jusqu’à ce que Pedro Pires et Robert Lepage  se mettent à faire des courts-métrages reprenant les personnages de Lipsynch. Au nombre de trois, et mis ensemble, ça donne le long métrage Triptyque.

Un triptyque qui pourrait être aussi vu comme un film à trois chapitres : chacun suit un personnage et ils sont bien sûr tous les trois connectés. Michèle est une  libraire schizophrène qui tente de s’habituer à la vie normale et vaincre ses démons par son amour de la littérature. Sa sœur, Marie, est une actrice et chanteuse qui apprend qu’elle devra subir une opération du cerveau qui risque de ne pas laisser ses capacités locutrices indemnes. Le docteur chargé de l’opération est Thomas, un neurochirurgien allemand très réputé mais avec un problème d’alcool.

La mise en scène de Pires et Lepage est assez convenue mais réussie : des plans contemplatifs, accompagnés d’une musique classique omniprésente, suivent les personnages dans leurs milieux de travail. Tout de même, passant d’une réflexion de neuf heures sur le langage à quelques pistes intéressantes sur le même thème en quatre-vingt-dix minutes, le film en tant que résultat final apparaît comme un produit inachevé, ou plutôt incomplet…exactement ce qu’il est en vérité : un assemblage d’histoires issues de quelque chose de plus grand. Le scénario finit par paraître peu original, d’autant plus qu’il ressemble a un squelette de récit pour ceux qui auraient vu la pièce. Les personnages n’ont qu’une seule motivation, un seul problème.  Dans ce sens, Tryptique souffre du même problème que La face cachée de la lune, ce n’est pas à proprement parler un mauvais film, mais il manque le génie inventif de la mise en scène de la pièce dont il est tiré.

Boris Nonveiller

À l’affiche dès le 25 octobre