Crédit: TOHU

Une ambiance de gala régnait à la TOHU pour la première de Triptyque des 7 doigts de la main le 15 octobre dernier. Les hôtesses du commanditaire Air France étaient vêtues en hôtesse de l’air et nous accueillaient avec des programmes et des flûtes à champagne, avant qu’on se disperse à travers une foule constituée du milieu artistique. À la sortie, un DJ nous attendait pour poursuivre la soirée au nord de l’autoroute Métropolitaine et à l’est de l’Avenue Papineau.

Avec son architecture cylindrique, située loin du centre, la TOHU a su préserver cette idée du chapiteau de cirque qui s’installe en périphérie des agglomérations. À l’intérieur, la lumière était aveuglante, c’était la fête! Les adeptes de danse contemporaine et d’esthétique industrielle ont peut-être même senti un certain malaise entouré de cette euphorie clownesque.

Même si le travail du corps en cirque est différent du travail du corps en danse, la compagnie Danse-Cité a tout de même relevé l’audacieux défi d’assurer cette rencontre interdisciplinaire. C’est cette subtilité qui doit être prise en compte pour apprécier ce que les chorégraphes Marie Chouinard, Victor Quijada et Marcos Morau nous ont présenté sur une scène à 180 degrés pour l’occasion.

À la TOHU, on dispose d’une scène à 360 degrés, mais on a choisi de recouvrir la moitié de l’espace d’un rideau noir. Ça a permis d’intensifier l’éclairage sur les artistes et de les découper sur une surface mate, plutôt que de sentir la profondeur du vide. Le rideau épais enveloppe et tisse un parallèle de verticalité avec la « tige ». Le rapport entre la « tige » qui s’érige vers le haut et la gravité qui écrase vers le bas forme les paramètres dans lesquels les corps des interprètes se meuvent.

Semblable à certaines peintures de Salvador Dalí – dont Eccentric Genus, où une masse de chair est supportée par des perches -, l’équilibriste Samuel Tétreault et la danseuse Anne Plamondon se déplacent à l’aide de béquilles dans la première pièce. On associe cette gamme de mouvements aux handicapés, à une infirmité, à quelque chose qui manque. L’étrangeté de la pièce s’accentue par le fait que la danseuse est attachée au départ et par les costumes des interprètes en cuir brun, dont le masque glauque de l’équilibriste.

L’intégration des principes chorégraphiques des débuts du hip-hop et le jonglage avec les billes de verre peuvent confondre les sceptiques à l’art circassien pendant la seconde pièce. Entre ces deux performances, le quintette d’équilibristes-virtuoses se juche sur les mains, sur des perches de diverses longueurs. Ils les déplacent et les plantent à divers endroits sur la plate-forme. Parfois, leurs mouvements rappellent ceux des anémones de mer.

Tel un bon triptyque, la troisième pièce croise l’ambiance aqueuse de la seconde et les tensions de la première. « Dirigée par Marcos Morau, Samuel Tétreault et Isabelle Chassé, la pièce finale, point culminant d’un formidable crescendo, intègre différentes disciplines circassiennes et met en scène les destins réels et imaginaires de huit individus aux prises avec les paradoxes entre rêve et réalité », lit-on dans le communiqué de presse. Telles des paupières qui s’alourdissent à l’approche du sommeil, les gestes des équilibristes ballottent du poids de la sensualité de la danse.

Bref, les 7 doigts de la main nous offrent un spectacle minimaliste surréel ou surréaliste minimal qui s’apprécie dans les nuances… et à la vue des billes de verre.

– René-Maxime Parent

Triptyque est présenté à la TOHU jusqu’au 25 octobre.