tremblementLe communiqué de presse de Tremblements de tête était assez vague : « Un Salon particulier dans lequel on entre comme dans une tête. Une tête où tout converge. Une tête de laquelle tout jaillit. Celle d’Alexandre Beaulieu qui, à travers son récit onirique, ludique et déjanté peuplé de rencontres improbables, nous entraîne dans une quête intime en quatre temps. » Bien sûr, j’ai été intriguée et j’ai réservé ma place.

Je n’avais jamais mis les pieds dans cet endroit très spécial qu’est le Salon particulier. Avant d’y accéder, il m’a fallu descendre un escalier vieillot et attendre dans une pièce/bureau/bric-à-brac regorgeant d’objets tous plus funky les uns que les autres. Déjà, j’avais l’impression d’être dans l’appartement d’une personne inconnue, mais avec qui j’aurais bien voulu discuter un brin entre les piles de livres.

Mais toute bonne envie a une fin, et il nous a fallu aller s’asseoir dans le Salon particulier. Servant d’abord d’espace de travail pour scénographes, cette pièce incongrue a ensuite été utilisée comme espace de répétition. Hier, c’était la toute première fois qu’une pièce y était présentée. Beau flash, je dois dire. Avec son aspect de vieux loft sur deux étages, l’endroit est tout simplement parfait pour y jouer Tremblements de tête. D’ailleurs, l’auteur, metteur en scène et comédien Philippe Robert a conçu le spectacle en fonction de l’âme du Salon. Inutile de dire que ce travail sur le décor et l’espace a donné un résultat impressionnant de réalisme et de richesse.

 

Et dans cette tête, il se passe quoi?

Bienvenue dans l’univers d’Alexandre Beaulieu, un maître ès lettres fraîchement diplômé. Dans une ambiance qui fait vaguement penser à une sitcom des années 50, le jeune homme débute sa quête : trouver sa place. Difficile lorsqu’on tente de percer dans le monde littéraire, mais surtout quand notre première nouvelle aborde « une rupture racontée par le pommeau de douche. Ça s’appelle Le pommeau de la discorde. »

Après 17 refus et encore plus de tentatives infructueuses, Alexandre réussit à décrocher un emploi temporaire de correcteur dans un cabinet de traduction. Ennuyé par son travail, le nouveau correcteur tentera de mille façons de mettre du piquant dans son quotidien, comme écouter de la musique totalement contraire à ce qu’il corrige. Une publicité légère? Allons-y avec une chanson dramatique et triste. Un document sur les turbines d’avion? Va pour une rumba endiablée. Mais c’est finalement une lettre codée qui lui permettra de passer un été digne de ce nom…

Commence ainsi le déroulement de quatre saisons remplies de rebondissements dans la vie d’un être tour à tour naïf, exalté, angoissé, ennuyé… À travers sa quête folle pour rencontrer Woody Allen à New York gâchée par un contre-temps qu’on n’aurait pu inventer, son voyage hilarant à Disney World pour faire plaisir à sa copine Audrey et ses réminiscences face à un ami disparu trop tôt lors de ses seize ans, Philippe Robert fait preuve d’un contrôle à toutes épreuves. Maîtrisant à perfection un texte à la fois drôle, touchant et imaginatif, le comédien parvient à utiliser chaque millimètre (ou presque) du décor. Avec une ingéniosité remarquable, chaque recoin est songé, travaillé et bien mis en valeur.

Tremblements de tête a pris fin dans une ovation enthousiaste. Après plus de trois rappels, j’ai quitté le Salon particulier la tête pleine d’images et en me faisant une note mentale : suivre le travail de Philippe Robert à l’avenir.

– Mélissa Pelletier

Tremblements de tête, présenté au Salon particulier jusqu’au 5 octobre, du jeudi au samedi à 20h.