Sonia Cotten a derrière elle une longue feuille de route. D’abord poète, auteure de plusieurs recueils publiés aux Poètes de brousse, elle fait également vibrer la poésie un peu partout sur les scènes du Québec et de l’étranger grâce à des performances qui ont fait sa renommée. Corps simple, son dernier recueil, se situe dans cette veine, et propose au lecteur des textes empreints d’une grande oralité, qui dénoncent autant qu’ils célèbrent ce qui fait notre époque : ses solitudes, ses tragédies, mais aussi ses grandeurs et ses rêves.

Les corps simples sont des corps esseulés qui se noient à mi-cuisse dans des lacs sans fond, étranglés par une paix qui les paralyse, en quête d’un sillon pour y déposer leur « pas assuré ». Ils savent que « l’avenir n’est donné à voir qu’aux oiseaux », mais qu’il leur reste un mot qui porte à la fois leur désespoir et leur espérance, et ce mot est « pourtant ». Ces corps simples sont nés presque déjà morts d’un monde où se mêlent tous les repères, ce qui fait d’eux des « bâtards pure race des États-Zombies d’Amérique ». Incapables de vivre seuls, ils errent en eux-mêmes, perdus et assoiffés d’un sens qui leur échappe.

L’audace de la beauté

Toutefois, puisque ces corps simples, c’est-à-dire peut-être un peu chacun d’entre nous, tiennent « de la terre / la patience de chercher », la poète se fait alors prophète, nous promettant des jours moins sombres : « on jasera comme les lièvres au sortir des terriers / on jasera du lac […] des vieux qui sont morts / des veaux du printemps dernier ». Ce retour à une communication presque primitive, concrète et ancrée dans son territoire, pourrait sauver les « obsolètes programmés » que nous sommes, et nous redonner l’audace de puiser la beauté dans nos propres failles, là où niche la poésie qu’il nous reste encore.

Ce ne sont là que quelques thèmes qui traversent le recueil et, bien que l’unité de l’œuvre ne soit pas des plus faciles à saisir, on peut voir se dessiner à travers ses moments les plus forts un désir de vaincre les aliénations de notre époque. Par un appel à la vie et à la parole poétique, Sonia Cotten nous exhorte à fusionner « toute la peau des gens seuls » au sein d’une seule et même humanité revivifiée et régénérée.

Mathieu Simoneau

Corps simples, Sonia Cotten, Éditions Poètes de brousse, 2015.