Charles Quimper sort son tout premier recueil de poésie au Lézard amoureux, après avoir publié l’an passé chez Alto son premier roman, Marée montante. Tout explose porte bien son titre ; retour sur les shrapnels poétiques.

Un sujet poétique après le ressac

Bien que l’on assiste à la description de certaines explosions (crash de navette et autres), ce sont des effondrements intérieurs qui s’empilent chez le sujet poétique. « Mon chagrin de novembre / dans la ville tachée de calcium / et de suie corrosive. » Alors que l’auteur extériorise sa douleur sur un passé et un endroit physique, c’est à l’intérieur que ça brasse le plus. Tout ce passé est relaté avec une figure amoureuse et fantomatique. Cette dernière n’est pas tout à fait disparue, ou pas à jamais, car comme le dit l’auteur « Personne ne disparaît pour toujours / contrairement à mon père ». Le revenant du recueil n’est nul autre que le paternel, qui a d’ailleurs sa dédicace à la toute fin. Quimper revient sur ce qui lui manque le plus, regrets de son histoire personnelle et intime entrelacés à la contemplation de sa désolation, toujours en adressant ses poèmes à un « tu » énigmatique.

Le lecteur peut vagabonder d’un chapitre à l’autre sans trop suivre l’ordre établi, comme un témoin de la défaite d’une grande guerre. Heureusement, on ne tombe pas trop dans le lourd et l’amer.

Parole simple, sujets simples

Des tendances populaires d’utiliser les noms de commerce, par exemple, participent à rendre accessible d’une certaine manière une poésie qui s’ancre dans un réel très concret. « On se couche en dessous les vendredis soir après l’école / en revenant du Zellers / on rêve de l’escalader et de mourir ensemble / en haut, dans un silence de cathédrale. » Quimper n’échappe pas à la tendance de la poésie « urbaine » par moments, un peu à la Jean-Christophe Réhel mais sans autant d’insistance. La simplicité de ses énonciations suffit à se situer dans les lieux et dans le sujet.

Malgré l’efficacité du tracé poétique, le lecteur est enfermé dans un fatalisme qui ne se résout pas en fin de recueil. Peut-être faut-il une suite à ce premier recueil pour gratter sous la surface du drame perpétuel du sujet poétique afin de mieux saisir la densité et la complexité de son auteur. À surveiller!

– Victor Bégin

Tout explose, Charles Quimper, Le Lézard amoureux, 2018.

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