Crédit photo : Yanick Macdonald

Une scène dépouillée. Une pataugeoire. Des chaises éparpillées ici et là. Une distributrice d’eau. Une voix d’outre-mer énigmatique. Et ce questionnement philosophique récurrent auquel sont confrontés six personnages: « Comment faire pour sortir de soi? », « Est-ce que l’Autre peut nous permettre de sortir de soi ?». Si vous ne connaissez pas l’univers absurde et hilarant de Simon Lacroix, je vous recommande vivement la pièce Tout ce qui n’est pas sec, présentée au Théâtre de Quat’Sous du 23 mars au 12 avril. L’auteur et comédien, qui s’est fait remarquer, entre autres, dans les pièces Le projet bocal et Oh Lord aux côtés de Sonia Cordeau et Raphaëlle Lalande, récidive ici avec un texte drôle où métaphysique et onirisme se côtoient.

Dans cette coproduction du Théâtre de Quat’Sous et du Théâtre SDF (Sans Domicile Fixe), Simon Lacroix situe l’histoire aux abords d’un monde aquatique et des profondeurs abyssales, entrecroisant du même coup sa fascination pour l’eau et sa passion pour le théâtre. Le quotidien bien banal de Gilles (Denis Houle) et Huguette (Diane Lavallée) est ébranlé par la venue d’un mystérieux personnage. Un homme en maillot, mouillé de la tête aux pieds, débarque un soir dans leur cuisine, interrompant leur souper. Il prétend revenir des abysses. Mais qui est-il réellement? Quel est le sens de cette visite?

La mise en scène de Charles Dauphinais nous plonge littéralement dans l’imaginaire fantasque de Simon Lacroix. On a l’impression d’assister à un laboratoire d’expériences transcendantes et poétiques à la fois. Un suspense captivant bien ficelé qui ne cesse de surprendre et déstabiliser. Ainsi, un instant, les personnages sont enfermés dans cet espace clos et dépouillé alors que l’instant suivant, on assiste à une scène de théâtre antique entre deux personnages, Knutt et Sigrid. Si la forme ressemble parfois à celle privilégiée dans les créations antérieures de Lacroix (spectacle hybride composé de courtes histoires indépendantes), il y a pourtant un lien entre ces saynètes décalées. Et c’est la beauté de cette pièce qui décoiffe littéralement (je vous ne révèle pas tous les aspects de la scénographie. ÉPATANTE!). En fait, si vous cherchez un sens ou une réponse, bien qu’on puisse en trouver un, lâchez prise. Laissez-vous porter par la pièce. « Se faire porter loin de soi », comme dirait Simon Lacroix alors qu’il questionne lui-même son propre art dans l’une des scènes. Le spectateur est alors plongé dans son inconscient alors qu’il rêve d’une entrevue en compagnie des acteurs Félix Beaulieu-Duchesneau et Kathleen Fortin. Chacun y joue son propre rôle. Une entrevue où les questions pour le moins absurdes de l’intervieweuse (Amélie Dallaire) se succèdent, quoique des spectateurs fictifs tentent de piéger l’auteur, suscitant ainsi un réel débat sur le sens de sa pièce et de ses motivations.

D’ailleurs, cette scène onirique où les personnages prennent d’assaut l’inconscient de Lacroix s’inspire peut-être du film Being John Malkovitch, la référence absolue de Simon Lacroix. À travers cette influence cinématographique épique, on saisit le désir ressenti par les personnages de « sortir de soi », de quitter leur individualité, d’explorer une autre réalité beaucoup plus infinie et intangible. Comme le mentionne l’auteur/personnage, cette pièce « effleure ce qui nous échappe », ce qui nous effraie à travers le portrait complexe des relations humaines.

Bref, c’est une expérience farfelue qui attend le public au Théâtre de Quat’Sous en compagnie d’acteurs hilarants dont le jeu ponctué d’incrédulité et de fascination nous tient en haleine jusqu’à la fin.

Edith Malo

Tout ce qui n’est pas sec, une création du Théâtre de Quat’Sous et du Théâtre SDF (Sans Domicile Fixe), est présentée jusqu’au 12 avril 2015.
Texte : Simon Lacroix
Mise en scène : Charles Dauphinais
Avec : Félix Beaulieu-Duchesneau, Amélie Dallaire, Kathleen Fortin, Denis Houle, Simon Lacroix et Diane Lavallée

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