On reprend…

5. La spleenétique : Passing Out Pieces de Mac DeMarco

Parce qu’il y a quelque chose de drôlement poignant chez le clown triste. Son numéro l’a mis à nu, il s’est donné, il est en nage. Dans sa loge, il est las et vacille, sa bouille avachie par les grimaces. Et puis merde, s’il s’offrait une vidéo d’ado pour se fouetter l’humeur! On y fumera des cigarettes trempées dans le Clorox et on y accouchera d’un bébé pomme de laitue mort-né. On y dansera sous le viaduc et on s’y entretuera en rigolant. Bonne-maman continuera à ne rien savoir. Go DeMarco!

4. L’Envoûtante: Monument de Röyksopp & Robyn

Parce que comme me le rappelle ma super amie à l’affût Winnie, un top musique sans Scandinavie, ça fait pas sérieux. Et ça tombe bien, y’a eu pléthore à date. Lykke Li, MØ, Planningtorock, Little Dragon… mais aussi NONONO, I Break Horses, Mr. Little Jeans, Kiasmos, etc. Je fais ici d’une pierre deux coups avec une collaboration svéconorvégienne. Un morceau atypique, aguicheur et frugal, avec decrescendo agonisant et saxophone souffreteux. Une pièce un peu barbante à la longue, mais qu’il faut avoir écouté au moins une fois dans sa vie.

3. La Ténébreuse : Le temps des coupes à blanc d’Antoine Corriveau

Deux raisons. La première, parce qu’on peut difficilement faire tant et mieux avec si peu. La seconde, parce que la liste des artistes de la chanson d’envergure d’ici s’allonge malheureusement trop lentement. Avec Les Ombres longues, Antoine peut y inscrire son nom avec fierté. Une œuvre sincère et émancipatrice, orageuse et massive, aiguisée et incisive, brute et saignante, braisée et à l’étuvée, automnale et noctambule. Par ailleurs, la pièce dont il est ici question, d’adjectifs n’en compte que deux: érodée et temporaire. Deux qualificatifs qui ne s’appliquent pas à l’ami Corriveau.

2. La Résiliente : Taking Chances de Sharon Van Etten

Parce que ça déchire soigneusement l’âme. Sur le pointillé, avec la méticulosité et l’adresse d’un chirurgien cardiaque spécialisé en organes lézardés (si je force la rime, vous me le dites, hein?). On m’accuse de vouer un culte à la madame, à sa voix douce rincée à grandes larmes, à ses mots nus sur notes bienveillantes, à ses arrangements pile-poil et économes et bien davantage. Coupable, mais non repentant. Sa geôle est mon royaume.

1. La Concupiscente : Two Weeks de FKA Twigs

Parce que trois médecins sur quatre recommandent maintenant FKA Twigs pour soigner les pépins de dysfonction érectile. Très loin de moi l’intention de me vautrer dans l’indécence et de réduire l’auteure-compositrice-interprète-danseuse de métier à une ensorceleuse de haute volée, mais y’a carrément péché charnel à se tremper les lobes dans ces ondes-là. Bref, l’œuvre de la « Perlimpinpine » se prend à bras-le-corps et les jambes à son cou, du cœur au cul ou du popotin à la patate, toute matière grise en relâche et chasteté aux vidanges. Peu importe l’itinéraire, tous les chemins bordés de suées mènent au délice. Point barre et bonne rentrée.

– Nicolas Roy