Acclamé par les critiques depuis son passage à Cannes cet été, gagnant du prix œcuménique et nominé aux Oscars dans la très – voire même trop – convoitée catégorie de meilleur film en langue étrangère, Timbuktu était forcément attendu. Le dernier film du mauritanien Abderrahmane Sissako pourrait facilement passer pour un documentaire, genre dont il emprunte d’ailleurs la construction narrative. La scène d’ouverture présente d’ailleurs une antilope qui se fait chasser. On est pourtant loin d’un extrait de Découverte puisque l’animal se fait traquer par des intégristes en jeep armés de mitraillettes. L’un d’eux clame à plusieurs reprises que la clé n’est pas de la tuer mais plutôt de la fatiguer. On verra ensuite d’autres hommes armés qui s’exercent à tirer sur des sculptures de bois traditionnelles, filmées en gros plan.

Petit à petit, une intrigue se dessine. Une femme s’engueule avec un représentant de l’ordre qui souhaite lui faire porter des gants pendant qu’elle nettoie du poisson, un couple reçoit des coups de fouets pour avoir joué de la musique, des jeunes jouent au soccer sans la balle car celle-ci est interdite. Oui, on est dans le royaume de l’absurde imposé par une idéologie extrémiste. Mais ses représentants ne sont pas des monstres. Ils sont montrés tels des humains, avec leurs défauts et leurs incertitudes. La religion est tout aussi loin du manichéisme, ce qui est flagrant lors de plusieurs discussions entre un intégriste et un imam. Les habitants résistent comme ils peuvent; souvent avec colère, parfois passivement, et certains se résignent. Mais le quotidien le plus banal fait aussi irruption, sous la forme d’une discussion anodine sur le soccer, par exemple, qui sera remise en contexte plus tard.

Pas tout à fait un film à sketches, ni un film choral, Timbuktu suit plusieurs personnages vivant dans la même ville, s’attarde parfois à des inconnus qu’on ne reverra plus, mais sous son apparence d‘assemblement de scénettes anodines, il sait toujours ce qu’il fait. Sa symbolique est très flagrante, ses gros plans assez racoleurs, mais s’il manque de subtilité, Sissako réussit à produire des images très fortes, et très marquantes. On n’est pas tout à fait face au chef-d’œuvre qui nous avait été annoncé. Malgré une grande maîtrise, on ne peut empêcher une impression de déjà-vu. D’autres films avaient déjà dépeint ces réalités d’une manière similaire. Mais tant qu’il y aura des villes comme Tombouctou, ça vaudra la peine de faire de tels films… et de les voir.

Boris Nonveiller

Timbuktu, un film de Abderrahmane Sissako, prend l’affiche au Québec le 13 février.