Crédit: Linda Johnson

Fort d’un quatrième concert en douze jours, c’est dans un Métropolis plein à craquer que j’ai eu l’occasion d’assister au spectacle du groupe californien Thrice, venu souligner leur Farewell Tour 2012. Drôle de nom pour cette tournée, puisque le chanteur et guitariste Dustin Kensrue affirme clairement que le groupe ne se sépare pas, mais qu’il est plutôt en hiatus. Quoiqu’il en soit, si le spectacle du 29 mai devait être leur dernier, les membres du quatuor peuvent partir sur une bonne note, la tête bien haute.

Originaire d’Orange County en Californie, le groupe Thrice est, selon moi, un des groupes les plus sous-estimés de la scène rock américaine des dix dernières années. Il est vrai que leur parcours en a dérouté plus d’un, mais à travers leurs huit albums, Thrice a navigué dans diverses eaux musicales à la recherche de leur identité artistique et, malgré quelques heurts, nous a offert un univers musical complexe et pertinent.

Après avoir signé trois albums post-hardcore (Identity Crisis, Illusion of Safety et The Artist in the Ambulance) ayant pavé la voie à la vague emo/screamo – et à la pléthore de dérivés insignifiants de ce que j’appelle le mascara rock -, Thrice, avec leur album Vheissu, s’est brutalement affranchi de cette mode musicale (qui n’est rien de moins que la version « années 2000 boostées au Red Bull » du hair metal des années 80). Si certains fans ont quitté le bateau à ce moment, d’autres sont restés et ont évolué avec le groupe.

Avec Vheissu, The Alchemy Index, Beggars et Major/Minor, Dustin Kensrue (chant et guitares), Teppei Teranishi (guitares, claviers, chants) et les frères Breckenridge (Eddie à la basse et Riley à la batterie) ont élargi leurs horizons musicaux avec témérité (albums concepts, surenchères de claviers, dérives électro et bidouillages, matériel acoustique, instrumentations peu orthodoxes, net ralentissement du tempo au profit de l’intensité (à la Deftones), passage du hardcore au rock, etc.), non sans quelques errances, pour nous offrir une discographie éclectique, mais assumée des risques pris. Si le résultat fut quelques fois moins concluant en studio, en spectacle, c’est une tout autre chose.

C’est une très généreuse set list que le groupe a offert aux Montréalais cette semaine. Pas moins de 23 chansons, deux rappels, près de deux heures de musique. Comme c’est une tournée d’adieu (qui n’en est pas vraiment une), le spectacle prenait des airs de rétrospective : un solide départ avec des titres phares comme Image of the Invisible, Under a killing Moon et Silhouette, a réchauffé une foule gagnée d’avance ; puis un léger relâchement pour quelques chansons plus tranquilles (ce fut essentiellement des titres des deux derniers albums) ; et une finale absolument hallucinante qui a tout déchiré (Of Dust and Nations, Firebreather et The Earth will Shake ont été les plus belles réussites).

 Deux rappels plus tard, le groupe n’en pouvait presque plus, ayant tout donné. Car c’est une performance très physique pour les musiciens qui se déchaînent avec une énergie peu commune. La basse est sourde et puissante, les voix sont ridiculement justes autant dans les notes douces que dans les cris (mention plus honorable à Kensrue, qui a une prestance hors de commun), les quatre musiciens sont en symbiose totale. Seul petit bémol : c’est un show, pour qui connaît le groupe, sans trop de surprises (à l’exception du premier rappel), donc prévisible : ils ont joué les chansons auxquelles on s’attendait. Ce n’est pas très grave, mais davantage de surprises m’aurait, justement, surpris. Nous étions en terrains connus. Est-ce que ce fut le dernier spectacle de Thrice à Montréal ? Seul l’avenir nous le dira. Une chose est sûre, ce fut tout un spectacle.

– François-Charles Lévesque

http://www.thrice.net/

http://www.myspace.com/thrice

(Pour une idée de ce que ça donne en show) :