Je suis toujours fébrile à l’idée d’aller voir une nouvelle création de Frédérick Gravel. Impatiente même de découvrir une de ses conceptions éclatées. Cette fois-ci, il s’est attardé à la forme du duo avec sa partenaire Brianna Lombardo et s’est risqué à investir les nombreuses attentes et images de ce traditionnel « pas de deux ».

C’est avec une attitude légère que nous ont accueillis les deux interprètes dans la grande salle de l’Agora de la danse. Ils conversaient avec les gens sur fond d’Otis Redding, buvaient quelques gorgées de whisky et s’échauffaient avec naturel. Lorsqu’ils ont débuté, les lumières étaient encore allumées et le sont restées durant la première partie. Une partie qui s’est déroulée dans une distance séductrice. En effet, pas une seule fois les danseurs ne se sont touchés, et pourtant la communication entre les deux corps était bien réelle.

Danse à deux certes, mais où les partenaires se jaugent et se cherchent. Les gestes étaient longs, découpés et suspendus, nous laissant l’impression que tout était dans le contrôle du corps. Contrôle que l’on abandonnait lorsque les peaux se rejoignaient enfin. L’urgence s’est alors emparée du spectacle. On a assisté à un corps-à-corps brutal qui inspire plus une recherche de fusion que d’opposition.

Le duo est une forme intimiste où la connaissance (du corps) de l’autre prime.  Lombardo et Gravel ont continué leur exploration en s’examinant mutuellement. Torses nus, ils s’emparent, molestent la chair de l’autre. Sa fragilité aussi sans doute.

Cette rencontre que l’on recommence mille fois, les deux danseurs ont su nous la livrer avec intensité. Dans les gestuelles très hachées de Gravel – comme dans le breakdance et celles langoureuses de Lombardo -, on lit le besoin de l’autre et en même temps, une solitude nécessaire.

Les passages un peu longs et certains jeux de lumières moins réussis n’ont rien enlevé à cette valse, cette harmonie de deux corps qui au final, ressemble beaucoup aux relations humaines.

– Rose Carine H.

This duet we’ve already done (so many times) a été présenté l’Agora de la danse, du 11 au 14 novembre.