Caveh Zahedi est de ces cinéastes frondeurs qui gardent la tête haute devant leurs détracteurs et font entendre leur point de vue sur les choses, peu importe les conséquences qui y sont associées. On avait un avant-goût de son côté provocateur avec I’m a sex Addict (2005), documentaire dans lequel il tentait de se libérer de son addiction aux prostituées, mais avec The Sheik and I, il dépasse l’entendement et prouve, hors de tout doute, que rien ne l’effraie.

Fort de sa réputation de cinéaste indomptable, il s’est vu proposer la réalisation subventionnée d’un long-métrage qui s’inspirerait de la thématique : «l’Art comme acte de subversion» afin qu’il soit présenté lors de la Biennale des Émirats Arabes. Vendu! On donne carte blanche à l’équipe.

Dès lors, Zahedi n’a qu’une idée en tête : voir jusqu’où il peut aller. L’organisation voulait de la provocation, elle ne pouvait pas mieux tomber.

La limite que Zahedi a trouvée et tentera de repousser : se moquer de son mécène.  Malheureusement (ou heureusement c’est selon), ses tentatives d’approcher le Sheik seront vouées à l’échec et le cinéaste décidera de faire de son film un documentaire sur le tournage d’un film dans les Émirats Arabes. Une sorte de making of  d’un film qui n’existera jamais – mais qui aurait soit été un film de série B soit, un chef d’œuvre de parodie, puisque Zahedi ne fait qu’y accumuler les idées reçues de l’Occident envers le Moyen Orient.

Outre son obstacle numéro un, soit de ne pas être autorisé à entrer en contact avec le Sheik, le cinéaste et son équipe se buteront à l’autocensure des intervenants, à des restrictions au niveau des lieux de tournage et des sujets autorisés à être immortalisés. C’est que le Sheik n’a pas seulement une emprise financière sur la Biennale, mais bien sur la ville en entier – personne ne tient à le contrarier.

Bien qu’il soit né aux États-Unis, Zahedi est d’origine iranienne, aussi la question de la liberté d’expression, liberté qu’il ne constate pas au cours de son séjour, devient donc incontournable pour lui. La preuve ultime que la censure qu’il critique est d’actualité : le film ne sera jamais diffusé lors de la Biennale, non plus qu’il ne sera autorisé aux Émirats Arabes.

Présenté pour la  première fois au SXWX 2012,  The Sheik and I a reçu un accueil plutôt mitigé.  Zahedi, bon joueur, inclut dans  sa version (finale ?) les réactions suscitées par son film à la suite de la projection. Rabroué par nombre de spectateurs qui remettent en question le but, les impacts, mais surtout la démarche qui ont mené cette œuvre à terme, Caveh Zahedi demeure fidèle à lui-même : insoumis.

The Sheik and I sera présenté ce jeudi 25 avril à l’Excentris, projection à la suite de laquelle vous pourrez vous entretenir via Skype avec l’excentrique réalisateur.

-Vickie Lemelin-Goulet