Le Ballet national du Canada (BNC) présente les 1,2 et 3 octobre à Montréal un programme triple de ballet contemporain de trois chorégraphes renommés. William Forsythe mise sur des compositions géométriques et des différences rythmiques sur fond gris. Marco Gœcke nous plonge dans l’abyme d’un ballet moderne de 1911. Wayne McGregor nous berce d’un lyrisme musical pour mieux faire détonner la violence de séquences orchestrales dans une scénographie blanchâtre.

Le BNC revient à Montréal pour la première fois en cinq ans. Basée à Toronto, il s’agit de la seule compagnie canadienne à présenter un répertoire complet de ballet classique intégral, en plus de chorégraphies contemporaines et de créations émergentes. Le BNC est contraint de présenter ses spectacles à l’extérieur du pays, aux États-Unis et en Europe.  L’état de la danse au pays, le manque de financement, complique la présentation de spectacles à Montréal de la compagnie torontoise.

Au Théâtre Maisonneuve, on est invité à assister à une version compacte des programmes du BNC; deux fois moins de danseurs,  sans orchestre ni de costumes et de décors imposants. «Avec the second detail, on assiste au début du mouvement qui a amené le ballet dans une autre ère », a affirmé au Devoir la directrice artistique du BNC Karen Kain (elle dansait pour la troupe lors de la création de la pièce en 1991). « Créé sur mesure pour le BNC, The second detail revisite le langage de George Balanchine et ses compositions géométriques », explique-t-elle.

Sur une scène obscure, le chorégraphe Marco Gœcke nous plonge dans l’abyme de la modernité. En 2009, il a réinventé le Spectre de la Rose de Michel Kokine (1911) à l’occasion du centenaire des Ballets Russes en 2009, en y ajoutant des danseurs et différentes musiques. Ainsi, il a créé un contexte contemporain sur le thème original d’une femme qui rêve qu’elle danse avec l’esprit d’une rose.

La scène est recouverte de pétales de rose dont le rouge intense se rapporte à la couleur des costumes des neuf danseurs. Marco Gœcke a enrichi la personnalité du spectre en constituant ce groupe qui incarne ce personnage. L’éclairage d’Udo Haberland participe à la métamorphose de la dormeuse au point de lui donner l’apparence d’un crabe.

Pour Chroma, l’espace scénique est divisé d’un double fond délimité par un cadre qui nous empêche de voir les pieds des danseurs situés dans la partie arrière. Cette scénographie nous renvoie à l’idée d’une salle de cinéma, mais en diverses tonalités de blanc plutôt que totalement noire. En dehors de la danse, Wayne McGregor chorégraphie des séquences pour le cinéma et la télévision et met en scène des productions pour des opéras.

Sur ce fond immaculé, l’atmosphère musicale prend place. D’abord, on nous berce par un lyrisme,  on rompt ensuite cette errance par des séquences orchestrales violentes. La mélodie de Hardest Button To Button du groupe rock The White Stripes surgit. Soudain, l’impression que les danseurs sont dénués de squelette prend la forme d’une exploration de l’architecture du corps humain. Enfin, l’environnement sonore énigmatique de la musique de chambre continue le vocabulaire fluide et angulaire.

« Je fais le même souhait tous les ans: que les choses se passent bien et que les gens continuent à nous soutenir. C’est d’autant plus nécessaire quand on voit la fragilité des organismes artistiques, les grands comme les petits. On dépend de ce soutien public. Il est essentiel à notre succès artistique », a aussi confié la directrice artistique du BNC, Karen Kain.

– René-Maxime Parent

Le programme triple du Ballet national du Canada est présenté au Théâtre Maisonneuve les 1,2et 3 octobre.