On ne peut pas vraiment parler d’artistes méconnus lorsqu’on aborde The Mars Volta et leur dernier effort Noctourniquet. En effet, avec ce sixième album studio, sorti chez Warner, The Mars Volta fait partie de ces groupes américains de rock progressif bien établis, prisés de la plupart des audiophiles et mélomanes, et qui se passent de présentation. Mais comme Les Méconnus s’intéressent également à l’art expérimental, et parce que chaque album de The Mars Volta est une expérimentation, pour ne pas dire une expérience, la présente critique allait de soi.

Noctourniquet a été composé et enregistré dans la foulée de leur album précédent, Octahedron paru en 2009, et serait sorti plutôt si ce n’avait été de la difficulté du chanteur Cedric Bixler-Zavala qui, ayant du mal à suivre le rythme effréné de composition de l’hyperactif guitariste et producteur Omar Rodriguez-Lopez, peinait à écrire les paroles, toujours hermétiques, de l’album. Outre cette dissension, le départ du batteur Thomas Pridgen (remplacé par Deantoni Parks), du claviériste Ikey Owens (membre de The Mars Volta depuis les débuts du groupe), ainsi que l’absence de John Frusciante (ex-guitariste de Red Hot Chili Peppers et collaborateur de longue date de The Mars Volta), laissent supposer qu’il devait y avoir une ambiance « particulière » lors de l’enregistrement de Noctourniquet. Est-ce que cela se ressent sur disque ? Absolument.

The Mars Volta nous sert toujours son prog-rock psychédélique teinté de jazz, de funk et de punk en mettant, toutefois, la pédale douce. Les envolées ultra-rapides et frénétiques qui caractérisaient les albums précédents (De-Loused in the Comatorium, Frances the Mute et Bedlam in Goliath en particulier) ont pratiquement disparues. Exit aussi les cuivres et les influences latines, The Mars Volta explore désormais l’univers : la surenchère d’effets spatiaux déployés (delay, flanger, echoing, synthétiseurs et sons synthétiques de toutes sortes) crée des ambiances – tantôt space-kitsch (surtout sur Lapochka), tantôt organiques – le plus souvent tranquilles, contemplatives et d’une étonnante mélodie, venant d’un tel groupe on s’entend. La multiplicité des pistes studio et la diversité des chansons font de Noctourniquet un album complexe mais équilibré, très riche et, paradoxalement, très épuré. The Mars Volta confirmera-t-il l’adage qui veut que l’on s’assagisse avec le temps ? Peut-être. Les écoutes répétées de Noctourniquet secondent cette affirmation. D’ailleurs, si ma première écoute fut plutôt froide, je dois dire – et pardonnez le cliché – que cet album s’apprivoise et nécessite plusieurs écoutes avant d’accrocher l’auditeur.

On est loin de Frances the Mute qui reste, selon moi, la quintessence du groupe texan et un des albums les plus influents des années 2000, mais en même temps, The Mars Volta n’a pas la réputation de rester dans ses zones de confort et on ne peut que louer leur prise de risques et leur volonté d’exploration musicale.

-François-Charles Lévesque

Noctourniquet, The Mars Volta, Warner Bros., disponible le lundi 26 mars 2012

http://www.themarsvolta.com/the-malkin-jewel/