Euphémisons : la Géorgie n’est pas en train de vivre son âge d’or.

Malgré (ou du fait) qu’il s’agit d’un jeune pays  – son indépendance datant de 1991 – sa population diminue et vieillit dans des proportions alarmantes. Si les guerres ont eu raison d’une partie de la population active, il faut également tenir compte d’un taux de natalité  en chute libre, d’une hausse des avortements et d’une forte tendance à l’émigration pour justifier la décroissance démographique drastique qui a changé la face du pays au cours des dernières décennies. Imaginez-vous : dans certains villages, la moyenne d’âge est de 70 ans… On s’entend-tu que ça ne fera pas des enfants forts?

Bon, il y en a tout de même, des jeunes : ils se réunissent dans les grandes villes pour la plupart, lorsqu’ils ne préfèrent pas, tout bonnement, quitter le pays en quête d’une vie plus clémente. Soyons honnêtes: sans toutefois pouvoir le qualifier de miséreux, on peut quand même parler d’un lieu désolé lorsque l’on s’attarde sur le paysage géorgien.

Pour ceux qui restent, comme ceux qui regardent, les interrogations se multiplient. Tinatin Gurchiani, cinéaste géorgienne, étant l’une d’eux. Dresser un portrait de la génération qui lui succède lui devient crucial, elle se sert donc d’un stratagème pour l’attirer vers elle : The Machine Which Make Everything Disappear.

Au moyen d’annonces, elle fait connaître un besoin d’acteurs de 13 à 25 ans, dont la vie représenterait un intérêt cinématographique. Des journées d’auditions sont programmées et, un à un, les aspirants acteurs se prêtent au jeu, répondant aux questions et demandes, nombreuses et parfois  inusitées, de Gurchiani.

Évidemment, les répondants n’auront pas tous le même charisme ou même le profil demandé (rien à raconter, trop vieux), mais une chose est sûre : le désir de faire du cinéma est partagé par tous et représente à leur yeux en une ascension sociale. Attention, cependant : si l’espoir d’une vie meilleure les inspire à se tourner vers le septième art, on est bien loin de tester jusqu’où le désir de brûler les planches pourrait les mener comme le fait Mohsen Makhmalbaf dans Salaam Cinema (1995). Quelques clins d’œil, par exemple, alors que Gurchiani demande aux candidats de pleurer sur commande ou de chanter, indiquent que le cinéaste iranien n’est pas étranger à l’inspiration créatrice du film.

Si la démarche initiale de même que la thématique s’inscrivent dans cette lignée, The Machine WhichThat Make Everything Disappear sert toutefois un but différent : l’observation et la représentation. À l’aide de questions relevant souvent de l’ordre du quotidien, la réalisatrice cherchera à approfondir sa connaissance de certains intervenants, allant jusqu’à les suivre dans leur quotidien le temps de quelques jours.

La réalisatrice et, par le fait même, le public se laissera entrainer et à force de saisir les opportunités, découvrira les histoires, les intrigues qui n’ont de banales que le fait de constituer le quotidien de quelqu’un…

The Machine Which Make Everything Disappear, vous convie à de belles rencontres où les discours tantôt empreints d’une sagesse désarmante, tantôt exposant une vision de la vie qui contraste, heurtent au passage certains de nos préconçus.

Le film sera présenté en première québécoise ce jeudi 29 août à 20h  à l’Excentris. C’est un rendez-vous !

– Vickie Lemelin-Goulet