Tenu secret par une poignée de romantiques, The Fresh & Onlys est un remarquable quatuor californien enfilant les perles pop avec l’aisance d’un surfeur sur sa vague. De passage à la Casa del Popolo pour présenter leur quatrième opus Long Slow Dance, la bande à Tim Cohen allait inverser les tendances météorologiques et ravir ainsi les âmes sensibles au passage des saisons.

Ce lundi, un étrange climat s’est abattu sur Montréal. Alors qu’une douce chaleur enveloppait les corps à la mi-journée, des rafales de vent s’invitaient en toute fin d’après midi. Annonciatrices de l’orage à venir, ces bourrasques, généreuses puis tempétueuses, ont comme qui dirait influées sur le concert des Fresh & Onlys. Et quoi de plus sensible que la météo pour épouser l’imagerie romantique d’un groupe soufflant le froid et le chaud ?

On ne le dira jamais assez, mais la Casa del Popolo est un endroit idéal pour approcher et sentir le souffle de ces artistes chéris. Or, quand on voit débarquer les quatre de Fresh & Onlys, difficile d’imaginer que de tels huluberlus (à la trentaine bien consommée) sont les instigateurs d’une pop si délicate. Pourtant, comme un fantôme des Beach Boys ou des australiens de Go Betweens, The Fresh & Onlys n’a de cesse d’invoquer chagrins d’amour et autres romances brisées sur fond de mélodies cristallines.

Lorsque les premiers accords des pépites parcourant Long Slow Dance sont lancés, on mesure rapidement la formidable aisance avec laquelle The Fresh & Onlys interprète ces morceaux. Talentueux musiciens à l’impeccable métronomie, chacun des membres joue à la perfection une partition dense et carrée. Alors que les compositions épousent un fil ténu, les arrangements se libèrent en live avec une puissance rare. Pendant ce temps, le barbu et leader Tim Cohen lance sa voix basse et monocorde à l’instar d’un Robert Smith bronzé (The Cure) qui aurait pris quelques cours de lyrisme chez Morrissey (The Smiths). Comme un éclair aveuglant, toutes les perles du magnifique Long Slow Dance (« Yes or No », « Presence of Mind »…) y passeront ce soir-là. Mais, contrairement à d’autres formations modernes qui se complaisent dans un minimalisme pop, The Fresh & Onlys impressionne par sa manière unique de tisser des mélodies crève-cœur au sens mélodique plein.

Au fil du concert, la bande à Cohen s’est peu à peu rapproché de la puissance sonore de ses débuts, où il était apparenté à la scène néo-garage de San Francisco. Le guitariste à la gueule de Christopher Walken a pu là se révéler comme un formidable précis de six cordes. Sur « Waterfall » et « Foolish Person », ce dernier va libérer une avalanche de fuzz durant un récital de toute beauté. Et c’est peut-être cela tout le talent de The Fresh & Onlys : savoir sublimer les peines de cœur pour plus tard les réduire en bruits salvateurs. Peu importe donc l’averse qui s’est abattue plus tard sur moi, il y avait longtemps que je n’avais pas assisté à un concert aussi parfait.

– Romain Genissel