C’est toujours un évènement lorsque Lewis Trondheim sort un nouveau bouquin. Pas vraiment une surprise cela dit, puisque Trondheim a quand même habitué ses lecteurs à un rythme de publication plutôt effréné, surtout depuis qu’il multiplie les collaborations avec de nombreux dessinateurs. Disons plutôt que c’est un évènement pour ses nombreux fanatiques qui dévorent chacun de ses livres et donc, pour moi.

C’est Mathieu Bonhomme qui est aux crayons cette fois. Le talentueux auteur de la série Esteban avait déjà collaboré avec Trondheim pour Omni-visibilis, une étrange histoire expérimentale. D’ailleurs, Hervé Boileau, protagoniste principal d’Omni-visibilis, a plusieurs airs de famille avec Harvey Drinkwater, aspirant journaliste et héros de Texas Cowboys

Harvey Drinkwater, journaliste à Boston, est envoyé à Hell’s Half Acre, le coin le plus dangereux de l’Ouest, pour y écrire des articles bien sanglants destinés à impressionner les bourgeois de la ville. Sauf qu’une fois arrivé, il décide plutôt de tenter sa chance là-bas : faire fortune, trouver une épouse et se faire une nouvelle réputation. Mais s’appeler Drinkwater, ça part mal pour jouer les durs à cuire… Texas Cowboys, c’est un concentré de western. On y voit une galerie de personnages tous très typés : la joueuse de poker professionnelle, le vieux voleur de banque, le shérif véreux, le marchand de babioles itinérant… On passe toujours assez rapidement sur chacun d’eux, mais quelques cases suffisent généralement pour bien camper leur caractère. L’histoire s’articule alors alternativement sur ces personnages qui se croisent, s’aident ou s’engueulent. Trondheim réussit à s’emparer des codes du genre et à les moderniser tout en les laissant intacts. Ainsi, même si le scénario reste assez convenu pour le genre, la mise en scène est rudement efficace et tient le lecteur en haleine tout au long de l’histoire.

Visuellement aussi on se situe dans un dosé mélange de tradition et d’innovation. L’esthétique générale du livre est un mélange entre de vieux pulps à l’américaine et d’affiches d’avis de recherche typiquement Far West. Les couleurs sont légèrement délavées, comme si l’impression était de mauvaise qualité. Bonhomme joue avec tout cela et crée des planches très équilibrées, parfois sur le plan de l’action, mais plus souvent sur le plan de la composition visuelle : unité de couleur, itération et symétrie des cases. Le tout fonctionne de pair avec les dialogues très prenants de Trondheim, souvent simples et incisifs.

Les neuf chapitres se suivent sans peine et on laisse subtilement apparaître la possibilité d’une suite dans l’épilogue, même si l’histoire est bel et bien terminée à la fin. De quoi espérer revoir Drinkwater dans d’autres aventures…

– Émile Dupré

Texas Cowboys

De Mathieu Bonhomme et Lewis Trondheim

Dupuis, 144pp.