Cinéma l’Excentris, soirée glaciale de février.

C’est dans une salle déserte, donc, que j’ai pu apprécier ce film d’une grande beauté, réalisé par Tran Anh Hung. Tête-à-tête avec l’écran géant, je dois dire que ce n’est pas sans avoir un certain charme.

Je me suis ainsi plongée dans l’univers de La Ballade de l’impossible pour n’en décrocher qu’à la toute fin, aux premières notes de cette jolie chanson des Beatles qu’est Norwegian Wood.

 

Crédit: Mongrel Media

Nous sommes à Tokyo, à la fin des années 60. Dans les rues de la ville déambulent bruyamment les foules estudiantines, agitées et mécontentes. Un dortoir aux allures militaires et impersonnelles. Une maison de repos, aussi, d’où émane la tranquillité de l’isolement, de la distance, de la nature. Une vallée verdoyante et ondulante, des boisés, des champs que le vent secoue avec une force presque violente. Des paysages à l’image de la psychologie des personnages; changeante, instable, et magnifique.

La Ballade de l’impossible est une adaptation du roman de Haruki Murakami (1Q84, Kafka sur le rivage). Empreint d’une sensibilité que l’on dirait presque féminine, le film nous transporte au cœur des remous amoureux de Watanabe, de ses relations complexes et épurées avec Naoko et Midori.

Naoko et Watanabe sont liés par la mort de leur ami Kizuki, qui s’est suicidé il y a quelque temps. Les deux amis se promènent longuement dans les bois tranquilles, parlent peu, se découvrent et s’apprivoisent au compte-gouttes. L’instabilité de Naoko, très perturbée par la mort de son ancien petit copain, est palpable. Le jour du vingtième anniversaire de Naoko, elle s’offre à Watanabe, puis s’enfuit en cessant de donner des nouvelles.

Une lettre parvient finalement à Watanabe, l’informant de l’état de Naoko. Incapable de se ressaisir, Naoko s’est retirée dans une maison de repos, nichée au creux d’une montagne et entourée de paysages à couper le souffle. Ses rencontres avec Watanabe, brèves et impersonnelles puisque surveillées en permanence, laissent entrevoir toute la confusion qui brouille son esprit, de même que toute la peine qu’a laissée la mort de Kizuki.

Entre les rares moments passés avec Naoko, Watanabe fréquente Midori, une jeune fille délurée qui flirte ouvertement et qui semble à la recherche de quelqu’un pour s’amuser, autant que d’un confident. Midori est tout le contraire de Naoko : allumée, confiante, heureuse. Aux yeux de Watanabe, Midori incarne la possibilité d’une relation saine, naturelle et coulante, exempte de crises, d’angoisses et de non-dits.

Les échanges entre Watanabe et ses amies, toujours concis, presque calculés, mais empreints de sens, se font le reflet des relations

Crédit: Mongrel Media

magnifiques et pourtant parfois impénétrables qui peuvent unir deux êtres. Dans un film où la tragédie côtoie la romance et l’érotisme, on se laisse rapidement entraîner par le rythme lent, mais fluide de l’action, ainsi que par la délicatesse et la fragilité des personnages que l’on découvre peu à peu. Watanabe, Naoko et Midori abordent sans gêne la question de leur sexualité, se questionnant et exposant leurs idées sans aucune pudeur, mais peinent à exprimer leurs sentiments, lesquels sont toujours dissimulés et devinés, incompris et incompréhensibles.

Cette adaptation, de laquelle se dégagent une sensualité enveloppante et une simplicité qui lui donne toute la richesse, se déroule au son de la trame sonore conçue par Jonny Greenwood (Radiohead). La musique, planante et orchestrale, se fond littéralement aux décors et aux paysages, et colle à merveille à l’histoire.

Le film n’étant plus à l’affiche au cinéma, il vous faudra attendre patiemment la sortie DVD, le 15 mai, pour profiter de ce véritable bijou. Il ne fait toutefois aucun doute que l’attente en vaut amplement le coup. D’ici là, rien ne vous empêche de patienter en vous plongeant dans ce classique de Haruki Murakami, dont la lecture, des plus agréables, se fait beaucoup plus rapidement qu’on ne le souhaiterait…

-Annie Dumont