Jeudi, 18 octobre – La salle L’Astral, avec son éclairage feutré, ses tables où s’asseoir et son ambiance intimiste, convient parfaitement à un spectacle de la chanteuse-compositrice Eleni Mandell. Elle y semble tout à fait à l’aise pour présenter son huitième album solo, I Can See the Future, sorti en juillet dernier.

Seul un bassiste (Bazil Donovan du band Blue Rodeo) l’accompagne pour ce concert. Ses textes autobiographiques, chantés avec une voix basse, voire ténébreuse, se trouvent donc en premier plan – et c’est tant mieux puisqu’il s’agit de sa plus grande force. Ici, pas de danger que les arrangements volent la vedette à sa performance vocale et à sa poésie, ce qui arrive par moments sur ses disques.

Chanteuse chaleureuse/public sympathique

Un brin francophile, Eleni Mandell lance d’abord, en accordant sa guitare : « Je suis désolée, je dois tuned. » On comprend aux rires qui fusent dans la salle que la musicienne bénéficie déjà de la sympathie des spectateurs. Heureusement pour elle puisqu’elle oublie les paroles de sa première chanson, Desert Song, et doit la reprendre, ce qui est aussitôt pardonné par le public. Elle revient en force avec la pièce pop-folk It Wasn’t the Time (It Was the Color), où il est question de son enfance passée en Californie.

Comme si elle grattait sa guitare devant un feu et des amis, la chanteuse raconte sa vie entre deux pièces, en particulier sa récente rupture. « Cet homme m’a tellement fait souffrir que j’ai le droit de me venger en écrivant des chansons sur lui et en faisant de l’argent sur son dos! », blague-t-elle (en anglais, cette fois). Et elle ne s’en prive pas! Par exemple, par le biais de Bun in the Oven, elle exprime comment elle s’est sentie lorsque cet amoureux a mis fin à leur relation… au moment où elle était enceinte de jumeaux (ouch!). Dans Magic Summertime, sa « pièce préférée » de son récent album, la musicienne retrace leurs débuts amoureux, quand déjà elle savait déjà qu’il ne fallait pas aimer un homme comme lui, allergique à la fidélité et à l’engagement.

Douce amertume

Si elle aborde de grands sujets existentiels, Eleni Mandell ne se gêne pas pour parler aussi de la pluie et du bon temps – littéralement : « Merci d’être venus même s’il fait si froid! À Los Angeles, les gens n’osent même pas sortir de chez eux lorsqu’il pleut. Vous êtes très courageux! » Les spectateurs semblent ravis, d’autant plus que s’en suit la sensuelle et jazzy chanson Moonglow Lamp Low.

Après la première partie, surtout axée sur I Can See the Future, la musicienne prie les spectateurs, presque devenus ses confidents, de revenir. « J’aimerais aussi que vous deveniez mes amis Facebook durant l’entracte », ajoute-t-elle en riant. Bien sûr, les spectateurs restent pour la deuxième partie, constituée de chansons issues de tous les albums et de demandes du public.

En portant attention aux paroles, on se rend compte qu’Eleni Mandell possède une grande collection de déceptions amoureuses. Si on a envie de lui tendre des Kleenex par moments, on rit à d’autres, car elle aborde ses expériences avec un certain humour. La musique semble parvenir à la consoler puisque c’est une femme chaleureuse et généreuse qui se produit sur scène. Lorsque les spectateurs demandent un rappel, elle revient, tout sourire : « Wow, je ne m’attendais pas à ça! Je veux dire que je l’espérais, mais que je ne m’y attendais pas! » Puis, elle enchaîne avec trois pièces, dont la minimaliste (et jolie) A Possibility comme touche finale.

 

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Note personnelle : après le spectacle, je tente de poser quelques questions à Eleni Mandell. Je commence avec l’éternel « J’ai apprécié votre spectacle », ce à quoi elle réagit en me donnant deux bisous sur les joues. J’en perds un peu, pas mal mes moyens, laisse échapper un « I love you », elle rit, je rougis, bredouille deux, trois mots, me ressaisis un peu et lui demande si elle compte sortir un album live un jour. « Oui, bientôt!», a-t-elle répondu à la très professionnelle journaliste que je suis…

– Edith Paré-Roy