Crédits photos: Sandra Lynn Bélanger (Danse Danse)

Les sièges de la Cinquième Salle de la Place des Arts se sont remplis à la vitesse d’un clin d’œil; dans un battement des cils en captant toute la lumière environnante. Ce n’est pas sans raison que plusieurs ont été confrontés à une salle pleine dès le 21 octobre où Tentacle Tribe et Wants&Needs Danse faisaient danser sur scène des artistes avec une philosophie du mouvement teintée d’une finesse incroyable.

Nobody Likes a Pixelated Squid de Tentacle Tribe

Dans un duo qui prend parfois des allures de duel, l’Outaouaise Emmanuelle Lê Phan et le Suédois Elon Höglund cueillent les sons de la musique qui les percutent. À un point tel que parfois leur corps devient un instrument. À travers les souffles, ils se meuvent ensemble dans une symbiose propre à la connexion aquatique du calmar et de la nature : « l’être humain est une curieuse créature, vous savez ! ». Leurs mouvements tentaculaires se complètent et changent de forme; ils cherchent à faire coïncider leurs processus créatifs qui s’enlignent dans la même direction malgré la différence de leur être. Ils sont aux extrémités d’un foulard dont le tricot joue le rôle d’union et de pendaison. Leur harmonie est celle d’un hip-hop conceptuel et d’une street dance revisitée, celle d’une danse académique et d’une autre plutôt souterraine. Leurs gestes, à la fois épurés et saccadés, se déploient dans un univers où les frontières entre le rêve et l’illusion sont difficilement perceptibles. Dans les amalgames infinis d’un choix, il est possible de créer différents choix. C’est bien ce qui fascine : le travail des deux artistes consiste justement à apprendre une possibilité inépuisable de mouvements, de manières de bouger, pour aller chercher une liberté à son apogée.

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Chorus II de Wants&Needs Danse

Les années de recherche transparaissent dans cette chorégraphie de Sasha Kleinplatz. Elle joue sur la dualité de sept corps masculins qui, sous le couvert de la force physique, peuvent aussi se révéler dans leur vulnérabilité. « Dans cette œuvre, je m’intéresse à la juxtaposition d’un corps incroyablement fort et d’un corps incroyablement habile, qui est l’expression d’un sentiment profondément personnel. À titre de chorégraphe, j’ai toujours été attirée par les contradictions, en particulier dans la sphère du genre », nous dit-elle. Elle travaille également sur les corps résistants, mais encore sur ceux qui s’assimilent à l’intérieur du groupe dansant au rythme des percussions et d’un jeu de lumière. À plusieurs occasions, l’ensemble chamboule positivement les sens du spectateur à travers les hauts et les bas émotifs qui suivent le balancement de la prière juive. D’ailleurs, l’inspiration pour l’œuvre Chorus II provient d’un souvenir de la chorégraphe, alors qu’enfant elle regardait son grand-père prier sans connaître réellement les rituels de la religion. Elle était touchée par la fragilité qui émergeait dans l’intimité de cet homme qui était habituellement impassible, émotion aux allures de révélation qu’elle parvient à transmettre avec Chorus II.

Vanessa Courville

Le programme double des compagnies Tentacle Tribe et Wants&Needs Danse est présenté à la Cinquième Salle de la Place des arts jusqu’au 25 octobre. Pour toutes les informations, c’est ici.